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الأحد، 1 نوفمبر 2026

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Les multiples vies de M'Hamed Yazid

Les multiples vies de M'Hamed Yazid

Ils auraient eu cent ans cette année! 


A l’occasion de la célébration du 1er Novembre, nous publions une série de portraits d’homme exceptionnels qui auraient eu cent ans cette année. Il s’agit évidemment de personnalités qui ont joué un rôle de premier plan dans la guerre de libération, ou qui ont marqué leur époque.


Les multiples vies de M'Hamed Yazid

 

Abed Charef

 

Difficile de trouver un homme qui a eu une vie aussi intense, aussi dense, aussi variée, aussi riche que celle de M’Hamed Yazid. Difficile aussi de trouver un combat pour la liberté quelque part dans le monde auquel M’Hamed Yazid n’a pas été mêlé, de près ou de loin. Du Vietnam à la Palestine, de l’Afrique du Sud aux Amériques, l’homme a été un militant aux multiples casquettes, à l’aise aussi bien dans les salons feutrés de New-York et Paris que dans les banlieues et les campagnes de pays en guerre.

M’Hamed Yazid n’avait pas le profil classique du militant nationaliste issu d’un milieu pauvre et qui s’est construit à force de volonté. Issu de la petite bourgeoisie de Blida, avec un père et un frère officiers de l’armée française, il se situait plutôt à un niveau élevé de la hiérarchie sociale de son époque. Cela lui offre la possibilité d’accéder à une bonne scolarité. Il fréquente le lycée de Blida où sont passés de très nombreuses figures du mouvement national, comme Benyoucef Benkhedda, Abane Ramdane, Lamine Debaghine, Ali Boumendjel, Saad Dahlab et tant d’autres, avant de suivre des études de pharmacie. Une carrière tranquille semblait s’offrir à lui. Il choisira d’être militant. Toute sa vie.

Un militantisme dans lequel il plonge dès l’université, quand il adhère au PPA , avant de devenir dirigeant de l’Association des Étudiants Musulmans d’Afrique du Nord puis au sein de la Fédération de France du FLN. Comme la plupart des militants de l’époque, il passe par la case prison, lorsqu’il est condamné à deux ans de détention en 1948.

 

Un sens inné de la communication

Signe du destin: alors que la crise du MTLD opposant Messali Hadj et les centralistes est à son apogée, durant l’été 1954, et qu’un troisième groupe prépare le déclenchement de la guerre de libération, M’Hamed Yazid se rend au Caire, fin octobre 1954. Le 27, selon la plupart des témoignages. Là, il rejoint directement le FLN, dont il sera un des meilleurs représentants à l’international.

Dès avril 1955, il est à Bandung, avec Hocine Aït-Ahmed, pour demander et obtenir le soutien de la conférence afro-asiatique, qui débouchera sur l’émergence du concept de non-alignement. Nasser, Nehru et Chou En Laï participent à la conférence, organisée par Sukarno: la percée diplomatique du FLN est significative.

Il est nommé représentant du FLN à New-York où son habileté fait merveille. Contrairement aux autres dirigeants du FLN, Yazid a le verbe et le contact faciles, il a le sens de l’humour et de la répartie, et les journalistes l’adoptent. Il sait leur parler: ce sera probablement le meilleur ministre de la communication de l’histoire de l’Algérie, poste auquel il est nommé lors de la création du GPRA en septembre 1958.

 

Retour à la diplomatie

Après l’indépendance, Yazid s’éclipse un peu. Les luttes de pouvoir, ce n’est pas son fort. Il plonge dans les réseaux mis en place à l’international, pour appuyer des mouvements encore en lutte. Versé dans la diplomatie parallèle, il confie sa fierté d’être le premier ambassadeur à remettre ses lettres de créance à Yasser Arafat, à Beyrouth, en tant qu’ambassadeur de l’Algérie auprès de l’OLP.

Dans ce Liban qui bascule ensuite dans la guerre civile, Yazid est comme un poisson dans l’eau. Tractations secrètes, armes, propagande, il est dans tous les coups. Un journaliste américain raconte comment, enlevé par des inconnus en pleine nuit à Beyrouth, il pense que sa fin est proche. Puis, à tout hasard, il dit à ses ravisseurs: je suis un ami de M’Hamed Yazid. Ceux-ci se concertent et l’emmènent en pleine nuit à la résidence de M’Hamed Yazid, qui les reçoit, décontracté, confirme que le journaliste est son copain, et après une ou deux boutades, tout le monde se sépare, bons amis.

La notoriété et le profil de M’Hamed Yazid en font un candidat de choix pour le poste de directeur du bureau de la Ligue arabe à Paris. Il s’y installe, au début des années 1980, à une époque où les médias et l’opinion occidentaux ont un regard caricatural, totalement manichéen: Israël, c’est le Bien absolu; les Arabes, c’est le Mal absolu.

M’Hamed Yazid imprime sa marque à sa nouvelle fonction. Problème: il est trop radical, trop engagé, il fait trop de vagues pour une Ligue arabe qui cherche plutôt un consensus mou.

 

Changer les rapports pouvoir - université

L’homme a aussi évolué. Il a toujours vécu au carrefour de la diplomatie, de la communication, du renseignement et de la chose militaire. A partir de positions toujours tranchées (je l’ai entendu utiliser la fameuse formule: je suis un terroriste à la retraite), il s’oriente vers la réflexion et la prospective. Sa connaissance du fonctionnement des systèmes politiques à travers le monde l’a convaincu de la nécessité d’introduire de profonds changements dans les rapports entre les cercles de décisions, l’université et l’élite intellectuelle en Algérie. La suffisance, voire l’arrogance de ceux qui décident, le mépris qu’ils affichent envers les universitaires, vus comme de simples outils, le rebute.

Il veut organiser des passerelles entre ceux qui détiennent le pouvoir et les élites de tous bords, pour les associer à la réflexion, à la prospective, voire à la décision. Il s’engage dans cette voie lorsqu’il est nommé Directeur de l’institut d’études stratégiques Globales (INESG), organisant conférences et colloques, invitant également des analystes étrangers de renom.

Bien plus tard, Yala Mohand Tahar, ancien commandant des forces navales, auteur d’écrits politiques remarquables, explique la qualité de sa réflexion notamment par la fréquentation régulière de l’INESG lorsque M’Hamed Yazid en assurait la direction.

 

Ministre pendant la guerre, pas après

Ce sera le dernier poste prestigieux qu’il occupe. Ministre pendant la guerre de libération, il n’a jamais fait partie du gouvernement après l’indépendance: les membres du GPRA y étaient indésirables. Boumediène et sa garde rapprochée avaient même convenu de ne pas prendre au gouvernement les anciens membres du GPRA.

Peut-être aussi que M’Hamed Yazid était trop différent, trop libre, trop indépendant. Même pendant la période la plus dure de l’ère Boumediène, et alors qu’il était en fonctions, Yazid a continué à rencontrer ses anciens compagnons passés à l’opposition et pourchassés par le pouvoir.

Mais c’était visiblement à son tour de passer à l’opposition, sous Bouteflika. Quand Yazid était ambassadeur, Bouteflika était ministre des affaires étrangères, donc son chef théorique. Yazid a peu apprécié. Mais sa ligne de conduite était toujours la même: ses ressentiments et ses colères passaient au second plan lorsqu’il s’agit de l’intérêt du pays.

Cette fois-ci, c’était allé trop loin. Yazid fait publiquement campagne contre Bouteflika en 1999. Il prend ses distances avec les cercles de pouvoir, alors qu’il avait toujours gardé le contact, «au moins pour exprimer ses désaccords».

Ceux-ci sont nombreux. L’orientation autoritaire du régime, la gabegie, le refus du changement, tout le mettait en colère, lui qui mettait la liberté au-dessus de tout.

Ce sera le thème de son ultime initiative. Dans sa propre maison, il dégage toute une aile pour en faire le siège d’une fondation, la «Maison des Libertés», qu’il veut lancer. Il était tout fier d’exposer les préparatifs et les détails du projet à ses visiteurs.

Ce sera le coup dur: il n’obtiendra jamais l’agrément. Bouteflika n’en veut pas.

Alors, Yazid finit sa vie par un dernier coup symbolique : il meurt un 31 octobre, à une heure où, 54 ans auparavant, Mostefa Ben Boulaïd et les siens s’apprêtaient à lancer l’événement majeur de l’Algérie du 20ème siècle.

Il sera enterré un 1er Novembre, dans sa ville de Blida: il ne voulait pas des honneurs officiels.

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