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أخبار
2026-10-24

Ils auraient eu cent ans cette année!
A l’occasion de la célébration du 1er Novembre, nous publions une série de portraits d’homme exceptionnels qui auraient eu cent ans cette année. Il s’agit évidemment de personnalités qui ont joué un rôle de premier plan dans la guerre de libération, ou qui
ont marqué leur époque.
Abdelhamid Mehri, ou l’art de sortir par le haut
Abed Charef
Abdelhamid Mehri a passé près de cinq décennies dans les appareils du MTLD, du FLN et de l’État. Pourtant, ce qu’on retient de la longue carrière de ce militant d’exception, c’est d’abord sa sortie avec panache dans les années 1990, et son refus de l’autoritarisme qui se propageait, après une expérience démocratique unique. Une sortie en apothéose, un final dont rêvent tous ceux qui ont le sens de l’histoire et de la postérité.
L’image de Mehri a d’ailleurs été tellement marquée par la dernière décennie de sa carrière politique qu’elle occulte presque le passé prestigieux du personnage : présence remarquable au sein du mouvement national même s’il n’a pas été du 1er Novembre, ralliement très tôt au FLN, membre du GPRA, participation aux premières touches de construction de l’État algérien moderne, ambassadeur dans les ambassades les plus compliquées, Paris et Rabat.
En fait, Mehri n’était pas un homme d’action. Ce n’était pas un guerrier. C’est un homme politique d’une grande densité, un homme de réflexion, d’analyse, ayant le sens de l’histoire, du temps long. Orateur remarquable, il avait une patience infinie et une capacité d’écoute rare pour participer à des réunions interminables, présider des débats fastidieux, participer à des négociations compliquées et aux tractations les plus difficiles.
Un politique, pas un guerrier
C’est probablement ce trait de caractère qui l’a amené à ne pas participer au 1er Novembre alors qu’il était au comité central du MTLD. Mais il a rejoint très rapidement le FLN, dès début 1955, réalisant que l’histoire avait basculé. De cette expérience, il a tiré une formule célèbre pour expliquer plus tard la vie politique en Algérie : en 1954, ceux qui ont pris les armes avaient raison; plus tard, on en a déduit à tort que ceux qui ont les armes ont raison, a-t-il dit.
Au CNRA puis au GPRA, Mehri siège aux côtés de personnalités de tous genres, certains plutôt modérés et conciliants, d’autres radicaux et intransigeants, encadrant la révolution d’une main de fer, comme les 3 B et les différents colonels.
Dans ces circonstances difficiles, il tente, en compagnie d’autres responsables, d’institutionnaliser le fonctionnement et la prise de décision au sein de différentes structures de la révolution, mais le résultat est mitigé. Il quitte une réunion du GPRA après avoir dénoncé l’exécution de Abane Ramdane, mais il reste pleinement engagé dans l’action politique et diplomatique. C’est lui qui est choisi pour représenter l’Algérie à la rencontre maghrébine de Tanger en 1959, avec les dirigeants marocains et tunisiens.
Sept ans à la tête du FLN de l’opposition
Curieusement, Abdelhamid Mehri, qui n’est devenu opposant frontal que la soixantaine largement dépassée, a été plus longtemps ministre pendant la guerre de libération (trois ans) qu’après l’indépendance (quinze mois). C’est le signe que l’homme est un recours dans l’adversité plutôt que dans la gestion des affaires courantes. Ceux qui l’avaient côtoyé pendant la guerre de libération connaissaient la force de caractère du personnage, sa détermination et sa rigueur morale. Mais les autres générations n’ont découvert le véritable personnage Mehri qu’après l’ouverture démocratique, quand il a pris le FLN dans un état de déchéance avancée pour tenter d’en faire un faiseur d’avenir.
L’aventure a duré sept ans. D’abord trois années consacrées à réparer le choc d’octobre 1988, quand le FLN a été l’une des principales cibles des manifestants.
Au lendemain des événements d’octobre, Mehri a été rappelé de son poste d’ambassadeur au Maroc pour prendre la tête du parti, en remplacement de Mohamed Cherif Messaadia, devenu le symbole d’une époque à oublier. Une tâche à haut risque, qu’il a assumée pleinement, entraînant le FLN à soutenir le pluralisme et à assumer les réformes alors engagées. En pleine tempête, il n’a jamais renoncé, affrontant le FIS à son apogée et les courants démocrates en quête de légitimité populaire.
Le refus du fait accompli
Mais Mehri et le FLN étaient attendus au tournant de la défaite électorale de décembre 1991, marquée par le raz-de-marée FIS. Allait-il revenir au bercail, pour se mettre sous la protection de l’armée et valider l’interruption des élections? Ou bien allait-il garder le cap, avec tous les risques que cela entraînait?
Face au nouveau «pouvoir de fait» qui s’est installé après la démission de Chadli Bendjedid en 1992, Mehri a donné toute la mesure de son talent. Appuyé par des personnalités crédibles, il a entraîné le FLN vers un refus tranché de valider l’arrêt des élections. Il a prôné le dialogue, et s’est rapproché du FFS de Hocine Aït-Ahmed. Plutôt que l’affrontement engagé entre FIS et pouvoir, il a contribué à proposer une alternative différente, avec sa participation au contrat de Rome.
A partir du moment où le FIS a basculé dans la violence, le FLN était devenu, durant l’ère Mehri, le principal pôle de l’opposition. Ses réunions sont devenues les moments de débat politique les plus attendus et les plus denses de cette période.
Ça ne pouvait plus durer. Le pouvoir du moment a fait le forcing pour l’éliminer. Il a organisé pour cela le fameux «coup d’état scientifique», en fait un vulgaire complot organisé par le pouvoir. C’était, pour Abdelhamid Mehri, la fin d’un parcours aussi long que prestigieux.
Mehri allait alors sur ses soixante dix ans. Il n’a pas réussi à rebondir. Pour deux raisons, m’a t-il confié. Il était convaincu que le changement serait l’œuvre de nouvelles générations. Et puis, reconnaissait-il, «j’ai toujours fonctionné en équipe. Sans collectif, je me sens un perdu».
La sortie de Mehri confirme ce que me confiait un autre homme politique prestigieux: les gens ne se souviennent pas de la manière dont on accède au pouvoir, ils se souviennent de la sortie. Boumediène est venu par un coup d’état, Mehri dans la foulée d’octobre 1988. Ils sont tous deux sortis par le haut.
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