اختتام الدورة التكوينية الرابعة للبرلمان الجزائري بالصين
أخبار
2026-10-29

Ils auraient eu cent ans cette année!
A l’occasion de la célébration du 1er Novembre, nous publions une série de portraits d’homme exceptionnels qui auraient eu cent ans cette année. Il s’agit évidemment de personnalités qui ont joué un rôle de premier plan dans la guerre de libération, ou qui ont marqué leur époque.
L’Étoile Nord-Africaine, une centenaire très fertile
Abed Charef
Elle aurait cent ans aujourd’hui. Depuis sa naissance en 1926 dans la banlieue parisienne, jusqu’à sa disparition une décennie plus tard, cette vénérable centenaire a marqué l’histoire du pays, donnant naissance à trois petits qui vont forger le mouvement national puis l’Algérie moderne.
La naissance de l’Étoile Nord-Africaine marque une rupture radicale dans l’expression du nationalisme algérien. Elle installe la lutte anticoloniale dans la modernité. Pour la première fois depuis l’Émir Abdelkader, il ne s’agit plus de tribus, de notabilités, ou de régions qui se soulèvent contre l’ordre colonial. Avec cette association, une pensée plus large se forge, pour envisager la lutte anticoloniale à l’échelle de tout le Maghreb, dans un cadre moderne, la lutte politique. On n’assiste pas à un soulèvement populaire armé traditionnel, une jacquerie rapidement réprimée dans le sang, mais à l’ébauche d’une forme de lutte avancée, la seule qui puisse vaincre le système colonial à combattre.
Ce n’est pas un hasard si l’ENA naît en territoire français et non en Algérie. A cette époque, en Algérie, la vie politique, associative et syndicale était totalement fermée. Le colonat, qui s’apprêtait à commémorer avec faste et arrogance le centenaire de la colonisation, était au faîte de sa puissance, et lui seul avait le droit de dire ce qu’est l’Algérie et ce qu’elle veut.
Les Algériens n’étaient d’ailleurs pas les seuls à vivre ce paradoxe qui consiste à aller dans la capitale de la colonisation pour engager le combat. Ho Chi Minh et Bourguiba, par exemple, ont tous deux forgé leurs premières armes à Paris, le leader vietnamien ayant même participé à la création du Parti Communiste Français.
Aller à Paris pour libérer l’Algérie
En Algérie même, la lutte était impossible. Le terrain était totalement inadapté. Car à côté d’une paupérisation massive et d’une misère endémique, moins de cinq pour cent des enfants algériens étaient scolarisés, et seule une infime partie d’entre ceux qui avaient accès à l’école pouvaient aller au-delà du cycle primaire. Pour les Algériens, l’analphabétisme était la règle. Dans une société totalement exclue du savoir, il n’y avait aucun moyen de propager des idées politiques . Émigrer en France, pour intégrer le sous-prolétariat constituait une promotion sociale, comparé à ce qui existait en Algérie.
En France, par contre, l’activité partisane et syndicale était relativement libre. Même si, juridiquement, ils n’étaient pas des citoyens français à part entière, les Algériens pouvaient côtoyer les ouvriers, se mêler à leurs luttes, apprendre à s’organiser et à militer. Et connaître des gens venus d’autres pays colonisés, eux aussi en quête de liberté.
Des idées et des leaders émergent
C’est dans ce décor sombre, post-première guerre mondiale, que naît l’Étoile Nord-Africaine. A ses débuts, l’ENA est une association, non un parti. Créée dans le sillage du Parti Communiste Français et des mouvements ouvriers internationalistes, qui offrent une couverture et une certaine compréhension, elle a un fort penchant revendicatif, mais plus syndical que politique. Elle veut défendre les intérêts des travailleurs nord-africains (aujourd’hui, on dirait maghrébins).
Née à partir de rien, sans véritable filiation historique, elle donne alors l’impression de tâtonner, de se chercher. Elle essaie de se délimiter un champ de lutte, un espace, de définir des méthodes, de se fixer des objectifs.
Dans le monde ouvrier des banlieues françaises, il est difficile de parler de débat politique. Les gens sont là pour survivre, et envoyer un petit pécule à leur famille restée en Algérie. Étant dans leur écrasante majorité analphabètes, il est difficile de leur parler de lutte anticoloniale.
L’organisation trouve pourtant des adeptes, au sein d’une petite élite qui gravite autour des idées nationalistes et de gauche. Des leaders émergent. Hadj Ali Abdelkader, qui serait à l’origine de l’idée de la création de l’association, Amar Imache, Belkacem Radjef, Mohamed Si Djilani, et un homme dont le parcours sera essentiel dans le mouvement national, Messali Hadj.
Un radicalisme progressivement assumé
L’organisation glisse progressivement vers son terrain naturel, la lutte anticoloniale. Ses dirigeants notent alors une divergence de fond entre les militants algériens et les communistes français quand il s’agit de l’analyse et de la perception du fait colonial. L’ENA en tire les leçons et prend ses distances avec le mouvement communiste, dont la réflexion sur le mouvement colonial avait beaucoup de retard.
L’organisation prend alors son rythme de croisière. Elle cherche à élargir son recrutement au sein de l’émigration, et à pérenniser ses structures et son financement, et elle se forge un discours qui s’oriente progressivement vers le nationalisme radical.
Mais paradoxalement, dans un premier temps, elle n’a pas d’implantation significative en Algérie, même si ses idées commencent à se répandre, grâce notamment à son journal El-Oumma. Messali Hadj est un personnage dont on entend parler en Algérie, mais il est lointain. Il est plus un mythe qu’un dirigeant politique. Quand, plus tard, il débarque en Algérie pour des meetings et des tournées, il fait sensation avec son verbe, son physique de prophète, son attitude théâtrale et ses idées radicales, m’a confié un homme qui l’avait vu pour la première fois au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Le cap est alors pris. L’organisation s’oriente résolument vers la revendication de l’indépendance, formulée progressivement, jusqu’à devenir l’objectif central de la filière PPA-MTLD-FLN, enfants de l’Étoile Nord-Africaine. Un des moments marquants de cette évolution est le discours prononcé par Messali Hadj en 1936 au stade municipal, l’actuel stade du 20 août, lors du Congrès musulman algérien. Alors que les animateurs du congrès réclamaient égalité, citoyenneté et assimilation, Messali gâche la fête: il rejette les thèses assimilationnistes et modérées, pour revendiquer une Assemblée nationale souveraine, c’est-à-dire l’indépendance.
Après la dissolution, un saut qualitatif
Cette évolution ne s’est pas faite sans heurts. Messali a été arrêté et condamné à plusieurs reprises. L’organisation a été interdite une première fois en 1929, après trois années d’existence, et une seconde fois en 1937, cette fois-ci définitivement.
La dissolution est prononcée par le gouvernement du Front Populaire, dont l’avènement avait pourtant suscité un certain espoir, selon la plupart des historiens. Mais le cours des événements montre que la gauche française était décidément hors temps. Visiblement, elle n’a pas saisi le sens de l’histoire. Le projet Blum-Violette, initié à partir de 1936, prévoyait d’offrir la pleine citoyenneté française à une petite élite algérienne, 15.000 à 20.000 personnes. Les autres devaient rester des citoyens de seconde catégorie.
Mais qu’importe: la dissolution de l’Étoile Nord-Africaine donne lieu à un saut qualitatif remarquable. Elle pousse à une réflexion plus élaborée, qui débouchera sur deux changements majeurs: la création du PPA, et le transfert de l’activité du parti en Algérie. Dix ans plus tard, l’OS est créée, dans une dernière ligne droite qui aboutit au 1er Novembre.
Vue sous cet angle, la dissolution de l’ENA relève de la petite anecdote. L’organisation avait mené à bien sa mission historique: imposer le projet national algérien comme objectif stratégique de toutes les luttes à venir.
Ce qui donne tout son sens à cette formule: l’histoire était en marche.
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