anep-logo-new

الثلاثاء، 27 أكتوبر 2026

  • Logo of instagram
  • Logo of facebook
  • Logo of youtube
  • Logo of tiktok

Lakhdar Ben Tobbal, la résistance au pouvoir

Lakhdar Ben Tobbal, la résistance au pouvoir

Ils auraient eu cent ans cette année! 


A l’occasion de la célébration du 1er Novembre, nous publions une série de portraits d’homme exceptionnels qui auraient eu cent ans cette année. Il s’agit évidemment de personnalités qui ont joué un rôle de premier plan dans la guerre de libération, ou qui ont marqué leur époque.


Lakhdar Ben Tobbal, la résistance au pouvoir


Abed Charef

 

Avec sa petite taille, son physique frêle, sa diction monocorde et son look très typé, Lakhdar Ben Tobbal ne semblait guère destiné à devenir l’homme de poigne qu’il sera pendant la guerre de libération. Pourtant, ce natif de Mila, qui aurait dépassé de peu les cent ans cette année, a effectué un parcours exceptionnel, jusqu’à devenir l’un des trois hommes les plus puissants au sein du FLN-ALN dans les moments les plus difficiles de la guerre de libération.

Au début des années 1930, Ben Tobbal, né en 1923, fait partie de la très petite minorité qui fréquente l’école française. Il y découvre la langue de l’autre, pas celle qu’on parle chez soi ou à l’école coranique, et il s’acharne à la maîtriser. Il découvre aussi la double stratification sociale qui dominait en Algérie à cette époque: parmi les européens, il y en avait qui étaient plus aisés que d’autres, alors que parmi les indigènes, il y en avait qui étaient plus pauvres que les autres. Mais la différence fondamentale était là: la masse des européens, à peu près dix pour cent de la population, faisait partie d’une catégorie de nantis, face à une population indigène oscillant entre pauvreté et misère.

Pour Ben Tobbal, les deux communautés cohabitent, mais ne se connaissent pas. C’est que l’homme ne connaît pas les demi-mesures, ni la nuance. Il est carré. Dans ses mémoires, un des écrits les plus denses sur l’histoire de la guerre de libération, rédigés par l’universitaire Daho Djerbal, il assume une position radicale: il ne fréquente pas les français, n’a pas d’ami français, ne cherche pas le contact avec eux, il l’évite même, systématiquement.

 

Les dures années de la clandestinité

Comme nombre d’instruits de sa génération, Ben Tobbal est venu très tôt à la politique, à travers la filière PPA. En 1945, il a dépassé de peu les vingt ans. Il a échappé à la seconde guerre mondiale, contrairement à nombre de ténors du mouvement national, comme Ferhat Abbas, Ahmed Ben Bella, Krim Belkacem, Mostefa Ben Boulaïd, et d’autres. Mais il est assez âgé pour subir pleinement le choc du 8 mai 1945. Arrêté et emprisonné, il fait rapidement l’apprentissage de la clandestinité imposée par la violence coloniale. Il en gardera une détermination inébranlable et il prend une résolution: il ne se laissera plus jamais emprisonner, quel qu’en soit le prix.

Ce choix le pousse vers une expérience unique, des années plus tard. Recherché, il se réfugie, comme nombre d’autres militants, dans les Aurès, où Mostefa Ben Boulaïd dispose de réseaux efficaces pour protéger les militants recherchés. Ben Tobbal est contraint à une vie austère, avec très peu de liens avec le monde extérieur. Il consacre beaucoup de temps à la lecture pendant cette vie d’ermite qui lui est imposée. Difficile d’imaginer que la principale occupation d’une personne recherchée par la police coloniale est de lire tout ce que les réseaux du parti peuvent apporter, notamment des livres d’histoire. C’est là que se forge la vision du militantisme de Ben Tobbal, qui se retrouve naturellement dans les réseaux de l’OS.

 

Avoir Zighoud et Didouche comme chefs

Pour les détails, il est toujours possible de revenir à ses mémoires. On retiendra qu’en 1954, Ben Tobbal est déjà un militant aguerri, pleinement impliqué dans la préparation du 1er Novembre. Il participe à la réunion des 22, celle qui valide le passage à la lutte armée et dote le FLN de son premier encadrement.

En trois ans, de 1954 à 1957, Ben Tobbal traverse toutes les turbulences de l’intérieur. Après l’euphorie du déclenchement de la lutte armée, qu’il vit comme le moment le plus important de sa vie, il fait face à un premier drame, la mort de Didouche Mourad, premier chef de la Wilaya II historique, moins de trois mois après le début de la lutte armée. Ben Tobbal vouait une admiration sans limite à Didouche Mourad, dont il loue la culture politique, l’engagement, le sens du sacrifice.

Devenu l’adjoint de fait de Zighoud Youcef, nouveau chef de la Wilaya II, il participe directement à la grande offensive du 20 août 1955. Objectif: desserrer l’étau sur la Wilaya I ( Aurès), qui avait supporté le gros de la répression post-1er Novembre, et imposer une rupture radicale entre population algérienne et système colonial.

Participation exceptionnelle à la Soummam

Un an plus tard, Ben Tobbal est de nouveau un acteur privilégié de l’histoire. Il est l’un des six participants au congrès de la Soummam, où il côtoie Larbi Ben M’Hidi, Abane Ramdane, Krim Belkacem, Zighoud Youcef et Amar Ouamrane. La Wilaya II est la seule à disposer de deux représentants, Zighoud et lui. Il rencontre également d’autres figures de l’ALN, qui sont sur place mais ne participent pas au congrès, comme Amirouche et Bougara, futurs chefs des Wilayas III et IV.

 

Ben Tobbal, chef de Wilaya

Nouveau coup dur peu après le congrès de la Soummam: Zighoud Youcef est tué. Ben Tobbal prend le relais, et assure la mise en place des structures et de l’organigramme décidé à la Soummam. Dans les dures conditions de la lutte armée, il réussit à mettre en place une organisation et des réseaux assez solides pour résister à la répression coloniale et garder l’initiative la plupart du temps. Il insiste, selon ses propos, sur un point essentiel: conserver le soutien de la population, arme ultime de la résistance.

Une année plus tard, il a achevé le travail. La Wilaya II est solidement encadrée. Elle ne cède pas à la paranoïa de la bleuite comme la Wilaya III, évite les divisions qui minent la Wilaya I, maintient son commandement à l’intérieur, ce que la Wilaya V n’a pu faire, et maintient un niveau élevé de mobilisation politico-militaire jusqu’à l’indépendance.

Ministre et homme de pouvoir

Ben Tobbal se rend alors à l’extérieur, où commence pour lui une autre étape, avec un niveau de responsabilité plus élevé. Celle d’un homme de pouvoir qui réussit, au sein du fameux trio des trois B, avec Krim Belkacem et Abdelhafidh Boussouf, à maintenir d’une poigne de fer la marche de la révolution dans la direction souhaitée, et éviter toute déviation dans les décisions majeures.

Ben Tobbal le dit crûment. LE GPRA, dont il était membre, était une simple façade. Il n’a jamais été question, dit-il, de laisser décider Ferhat Abbas ou Benyoucef Benkhedda, présidents du GPRA, qui n’avaient pas participé au 1er Novembre et risquaient de faire des concessions aux négociateurs français sous prétexte d’alléger les souffrances du peuple. Pour Ben Tobbal, les Algériens étaient disposés à mourir pour obtenir une indépendance pleine et entière; tout le reste, qu’il balaie d’un revers de la main, était secondaire.

 

De lourdes responsabilités

Il s’en explique dans ses mémoires. La mort de Abane Ramdane? Il n’y était pas favorable, il refusait de le considérer comme un traître, mais si sa mort se révélait nécessaire, il ne s’y opposait pas. Il s’y opposait d’autant moins que Abane lui-même avait suggéré à Ben Tobbal d’éliminer Krim et Boussouf pour prendre à eux deux le pouvoir au sein du FLN-ALN, selon ses propos.

Autre accusation qu’il récuse totalement: celle selon laquelle les maquis de l’intérieur ont été abandonnés, voire délibérément affaiblis, pour faciliter une prise du pouvoir par l’armée des frontières à l’indépendance. Faux, répond-il. Les lignes Challe et Maurice ont rendu le passage des frontières trop difficile, trop coûteux, dit-il. En deux nuits, l’ALN a perdu 1.500 hommes lors de tentatives de passage en force, dont il impute la responsabilité à Krim Belkacem, alors ministre de la guerre. Le commandement de l’ALN a alors été contraint de réviser ses méthodes.

Mais il ne le dit pas pour se dérober. Plutôt pour fixer les responsabilités au sein de ce fameux trio qui a pris tant de poids pendant la guerre de libération, et qui se considérait chargé de préserver l’orthodoxie de la révolution.

Ben Tobbal sera encore là à côté de Krim Belkacem lors des négociations d’Evian. Ce sera la dernière grande œuvre de sa vie. Comme nombre d’hommes de sa génération, il perd pied une fois l’indépendance acquise. C’était l’homme d’une période de lutte et de sang. Une fois la paix revenue, il est un peu perdu. Lucide et peu intéressé par les fastes du pouvoir, il se met discrètement en retrait. Dans la période post-indépendance, il ne participera pas aux luttes pour le pouvoir.

اخبار اخرى