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الثلاثاء، 27 أكتوبر 2026

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Aït-Ahmed, un patron de l’OS qui a théorisé la lutte armée

Aït-Ahmed, un patron de l’OS qui a théorisé la lutte armée

Ils auraient eu cent ans cette année! 


A l’occasion de la célébration du 1er Novembre, nous publions une série de portraits d’homme exceptionnels qui auraient eu cent ans cette année. Il s’agit évidemment de personnalités qui ont joué un rôle de premier plan dans la guerre de libération, ou qui ont marqué leur époque.


Aït-Ahmed, un patron de l’OS qui a théorisé la lutte armée

 

Par Abed Charef

 

A vingt huit ans, Hocine Aït-Ahmed avait déjà accompli une œuvre qui en fait un des géants du mouvement national. A vingt deux ans, il avait présenté au comité central du MTLD le rapport sur la lutte armée, et six ans plus tard, il participait comme acteur de premier plan au déclenchement de la guerre de libération, après avoir été chef de l’OS et pris une part essentielle à l’attaque de la poste d’Oran.

C’est là le signe d’un destin hors normes pour cet homme dont le premier grand acte politique a été de conceptualiser la lutte armée. Au moment où, au sein du PPA-MTLD, mûrissait l’idée d’un passage à la lutte armée, une idée consacrée par la création de l’OS en février 1947, le parti avait besoin d’un cadre doctrinal et politique pour s’engager dans cette étape périlleuse. Échaudés par les multiples révoltes inabouties du 19ème siècle et encore sous le choc du traumatisme du 8 mai 1945, les dirigeants du parti ne voulaient pas partir à l’aventure.

Aït-Ahmed fut donc chargé de préparer un rapport sur la lutte armée. Devenu entre-temps chef de l’OS, en remplaçant Mohamed Belouizdad, premier chef de l’organisation, gravement malade, il a présenté son document au comité central tenu à Zeddine, à côté de Aïn-Defla, en décembre 1948.

 

Malgré la clandestinité, un débat de haute facture

Le texte était un concentré de lectures, allant de Clausewitz à Mao, de réflexions, de discussions sur les expériences chinoise, irlandaise, mexicaine, et, bien sûr, algérienne, pour se demander pourquoi les multiples révoltes du 19ème siècle n’ont pas abouti.

Le document était exceptionnel. Il marquera durablement le mouvement national par les principes de base qu’il a posés, dont un, qui fera fortune : tout acte militaire doit être décidé en fonction d’un objectif politique. A contrario, ne jamais engager d’action militaire si l’objectif politique n’est pas déterminé. Cela sera résumé et consacré plus tard, au congrès de la Soummam, par une formule célèbre : primauté du politique sur le militaire.

En vérité, le rapport, qui révèle la qualité des débats qui pouvaient avoir lieu à cette époque là, dans la clandestinité, était le résultat d’une réflexion collective, à laquelle Aït-Ahmed a donné une dimension supérieure. Il a apporté un plus, avec méthode, posant les questions fondamentales: comment organiser une résistance de longue durée à l’échelle nationale et non une révolte ou une jacquerie limitée dans le temps et l’espace, comment assurer la continuité du combat sur le long terme, comment mobiliser le peuple sans lequel rien n’est possible, sur quelles catégories sociales compter pour porter le combat, comment éviter toutes les dérives possibles, comme le basculement vers le terrorisme, le régionalisme, les manipulations ou le banditisme, fût-il d’honneur, comment doter la résistance de cadres formés politiquement et aguerris dans le maniement des armes, où trouver le financement et les armes nécessaires, quelles alliances rechercher, etc.

 

Une analyse juste

Ces questions ont tétanisé la plupart des dirigeants de l’époque, convaincus de la nécessité de la lutte armée, mais convaincus que le parti n’était pas prêt, que la situation n’était pas encore mûre. A la veille du 1er Novembre, Messali Hadj, comme ses adversaires centralistes, ont été approchés pour participer à la lutte armée. Ils ont refusé de s’engager, au motif que la préparation n’était pas suffisante et que déclencher la lutte armée serait une aventure périlleuse.

Il ne s’agit pas de dérobade. C’était plutôt une analyse qui pouvait être fondée, mais qui s’est avérée erronée. Des hommes aussi engagés que M’Hamed Yazid et Abdelhamid Mehri avaient exprimé leur appréhension.

Mais Aït-Ahmed, qui avait théorisé cette étape, avait une autre vision. Malgré toutes les difficultés qu’il avait soigneusement recensées, et les risques réels encourus, il estimait que la situation était mûre pour passer à l’étape suivante, celle de la lutte armée. Ce que nombre de dirigeants de l’époque, de Benyoucef Benkhedda à Abane Ramdane, considéraient comme trop risqué.

 

Un duo exceptionnel : Aït-Ahmed - Ben Bella

Auparavant, Aït-Ahmed avait montré des signes d’une maturité rare, insuffisamment évoquée dans la narration de l’histoire du mouvement national et du parcours de cet homme exceptionnel. Pris dans l’engrenage de la crise dite berbériste de 1949, il a été remplacé à la tête de l’OS par Ahmed Ben Bella. Dans cette affaire, Aït-Ahmed a fait preuve d’une force de caractère unique. Il n’a tiré aucun ressentiment de sa destitution, il n’a développé aucun sentiment de revanche. Il a pris acte d’une situation confuse, difficile, il a subi de manière disciplinée la décision du parti parce que pour lui, les objectifs de la lutte et le destin de l’Algérie le commandaient.

Il a développé par la suite une relation d’une incroyable complexité avec Ahmed Ben Bella, dont je l’ai vu parler avec un humour et une tendresse que je n’ai jamais vus nulle part. D’ailleurs, à quelle action d’éclat va participer Aït-Ahmed après sa mise à l’écart de la direction de l’OS et son remplacement par Ahmed Ben Bella? A l’attaque de la poste d’Oran, dont les deux hommes sont les principaux organisateurs.

Arrêté, Ben Bella joue les gros bras et balance à tout-va. Il donne des noms, charge des membres de l’OS. Benyoucef Benkhedda attaque Ben Bella sur ce point dans un de ses livres. Il lui reproche d’avoir dénoncé des membres de l’OS.

En fait, Benkhedda est out: quand il est interrogé par la police coloniale, Ben Bella, selon une décision prise à la tête de l’OS, charge les membres de l’organisation déjà arrêtés, pour protéger ceux qui sont encore en liberté. Et parmi ceux qui sont encore en liberté, un certain Madjid, que la police coloniale n’arrive pas à identifier: c’est Hocine Aït-Ahmed, qui peut ainsi poursuivre son activité dans la clandestinité avant de se rendre au Caire, où il composera, avec Mohamed Khider et Ben Bella, la délégation du FLN à l’extérieur.

On retrouvera les deux hommes plus tard à trois reprises: Ben Bella prend le pouvoir après l’indépendance et fait condamner à mort Hocine Aït-Ahmed, qui avait fondé le FFS et lancé une résistance armée, peut-être la seule initiative contestable de toute sa vie; en 1986, les deux hommes font une déclaration commune contre le pouvoir dirigé alors par Chadli Bendjedid; mais auparavant, ils passent de longues années en prison ensemble, après avoir été faits prisonniers dans l’avion des dirigeants du FLN détourné par les français.

Entre-temps, Aït-Ahmed a participé à la réunion de Bandung et représenté le FLN aux Nations-Unies. Il fondera plus tard le FFS et sera aux premières loges de l’opposition, mais tout ceci est secondaire dans la vie de Aït-Ahmed. Son œuvre, celle qui compte au regard de l’histoire, c’est d’avoir été un élément essentiel dans le processus qui a abouti à l’indépendance de l’Algérie.

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