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الاثنين، 23 فيفري 2026

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Le sionisme décomplexé de l’ambassadeur américain en Israël

Le sionisme décomplexé de l’ambassadeur américain en Israël

 

Abed Charef

 

Tucker Carlson est un célèbre journaliste américain, conservateur, ancien partisan de Donald Trump, en rupture de ban avec la presse mainstream. Il a quitté Fox News en 2023, pour lancer sa propre chaîne sur X, ex-Twitter, où il réalise en indépendant des interviews qui battent des records d’audience.

Mike Huckabee est un ancien pasteur évangéliste, sioniste assumé, et revendique une proximité totale avec Israël, où il a été nommé en 2025 ambassadeur des États-Unis. Il doit ce poste à Donald Trump, dont il est un ami personnel.

Tucker Carlson et Mike Huckabee se sont retrouvés mercredi 18 février 2026 à l’aéroport de Tel-Aviv pour une interview délirante. Dans la forme comme dans le contenu, l’interview sort totalement des canons connus de la diplomatie et du journalisme.

L’ambassadeur américain a tenu des propos d’une incroyable gravité. Seuls des groupuscules sionistes les plus extrémistes peuvent utiliser un tel langage, ce qui évidemment n’est pas le rôle de l’ambassadeur d’un pays qui se veut officiellement parrain de la paix dans la région.

Les propos de M. Huckabee ont été évidemment dénoncés par les pays arabes, tant ils relèvent à ce qui s’apparente à du délire. Dire qu’il est légitime que de vastes territoires allant de l’Irak au Nil, en passant par l’Arabie Saoudite et la Syrie, reviennent à Israël ne pouvait susciter de réaction différente. Officiellement, ce n’est pas la position américaine, qu’il s’agisse des administrations démocrate ou républicaine, qui apportent le même soutien à Israël.

 

Un tollé recherché

Ce qui amène à se poser des questions sur le sens véritable de cette interview. Pourquoi l’ambassadeur des Etats-Unis a donné cette interview, pourquoi avoir tenus ces propos, et pourquoi a-t-il fait en sorte que ça provoque un tel tollé?

En publiant l’entretien de plus de deux heures, Tucker Carlson l’a précédé d’une introduction de vingt cinq minutes, où il explique les conditions dans lesquelles a été organisée et réalisée l’interview. On comprend dès lors que l’ambassadeur Huckabee voulait à tout prix qu’elle se fasse. Le tollé qu’elle a provoqué était visiblement délibéré.

M. Tucker tient en effet des propos très critiques envers Israël, où il était indésirable. Durant les contacts préliminaires destinés à organiser l’interview, ni l’ambassadeur américain ni les autorités israéliennes n’ont accepté de déléguer le personnel nécessaire pour assurer la protection du journaliste et de son équipe. Ils ont donc convenu que l’entretien se déroule dans la zone diplomatique de l’aéroport de Tel-Aviv, et que Mr Tucker, qui avait affrété un avion spécial, quitte aussitôt le pays. Ce qui n’a pas empêché les services de sécurité israéliens de le soumettre à de multiples brimades, encore plus pénibles pour les membres de son équipe.

L’ambassadeur américain n’a pas levé le petit doigt pour y mettre fin. Il était visiblement dans le coup, et il voulait que ça se sache. Ce n’est d’ailleurs pas M. Tucker qui a ébruité l’affaire en premier, mais des fuites organisées par l’ambassade américaine.

Pour quel objectif provoquer ces incidents ? Dans le but de détourner le regard du contenu de l’interview, ont dit les premiers commentateurs. Cette hypothèse ne tient cependant pas la route, car un homme de l’expérience de M. Huckabee sait qu’éviter une mauvaise publicité, c’est ne pas donner d’interview du tout, ou en maîtriser le contenu.

Or, M. Huckabee a tout fait pour que l’entretien se fasse, et il a abordé ses thèmes favoris, le sionisme, Israël, le sort des juifs, leurs droits et leur supposée mission historique.

 

Un contenu irréel

En fait, l’entretien est irréel. Une bonne partie porte sur le concept de sionisme, qui sont les juifs, doivent-ils appuyer leur revendication sur le droit international ou sur le droit biblique, ont-ils une appartenance juridique, religieuse ou ethnique à Israël ? A écouter l’entretien, l’auditeur non habitué est décontenancé. On dirait une moubaraza, une polémique entre Kardhaoui et Oussama Ben Laden, version chrétienne. Les étudiants en relations internationales seraient surpris par les préoccupations des deux hommes, qui parlent de bible, de second testament, des promesses faites à Abraham. M. Huckabee ressemble aux pasteurs messianiques qu’on retrouve dans les films western, prêtres souvent défroqués, d’ailleurs.

L’entretien commence d’ailleurs par le cas de deux criminels juifs américains réfugiés en Israël après avoir commis des crimes aux États-Unis. L’un est Jonathan Pollard, analyste du renseignement de la marine américaine, arrêté en 1985 pour espionnage au profit d’Israël; l’autre est un pédocriminel dont ils ne donnent pas le nom. Tucker Carlson reproche à l’ambassadeur américain de ne pas faire le nécessaire pour qu’ils soient poursuivis et punis. M. Huckabee fait semblant de s’en défendre, mais finit par dire que tous les membres de la diaspora juive dans le monde devraient avoir, comme Jonathan Pollard, une double allégeance, à leur pays et à Israël. Lui-même déclare s’être déjà rendu en Israël plus d’une centaine de fois depuis 1973, avant même de devenir ambassadeur.

 

Communion entre Sionisme et évangélisme

Au-delà de ce discours décalé, très religieux, au sens messianique, mais très peu diplomatique, se révèle la nature des relations entre les États-Unis et Israël. Absolument rien à avoir avec des relations traditionnelles entre deux pays, fussent-ils les meilleurs alliés du monde.

N. Huckabee rappelle d’ailleurs que les États-Unis comptent quatre vingt millions d’évangélistes américains, adeptes du sionisme pour qui les prophéties bibliques se réalisent. Ce à quoi Tucker Carlson lui rappelle que les fondateurs du sionisme étaient laïcs, et pour nombre d’entre eux athées.

 

Reste à voir l’attitude et le sort de Tucker Carlson. Celui-ci rappelle qu’il est chrétien conservateur, qu’il est favorable à Israël, mais il pose les questions qui dérangent. Aussi bien à propos de la connivence entre Israël et les États-Unis, de l’allégeance de M. Huckabee à Israël plutôt qu’envers son pays, qu’à propos de la légitimité d’Israël. Celle-ci est-elle religieuse, ethnique, territoriale, historique?

Il rappelle que le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou est originaire de l’Europe de l’est, qu’il n’est pas pratiquant, et que rien ne prouve son affiliation historique au judaïsme. Ce qui n’a pas empêché les migrants juifs ayant son profil, majoritaires, de chasser des milliers de personnes habitant cette terre depuis toujours.

Alors, Tucker Carlson, prochain suicidé de l’affaire Epsteïn?

Ou bien s’agissait-il, à travers cette interview, de créer une affaire dans l’affaire, une diversion classique, pour dépasser une crise qui a pris des proportions dangereuses?

A moins qu’il ne s’agisse de paroles d’illuminés, des personnages totalement déjantés, Dhawahiri, version biblique, ayant le pris le pouvoir dans leur pays, et se préparant à attaquer l’Iran pour accomplir les promesses faites, selon leurs légendes, par leur Dieu, à leur peuple, via leur prophète?

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