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السبت، 25 أفريل 2026

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Sécurité des pays du Golfe: vers une révision radicale

Sécurité des pays du Golfe: vers une révision radicale

 

Abed Charef

 

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la guerre contre l’Iran : ce qui était considéré comme la première garantie de sécurité des pays du Golfe s’est transformé, pour devenir précisément la principale source d’instabilité !

Depuis plus d’un demi-siècle en effet, les pays du Golfe se sont mis sous la protection des Etats-Unis, abritant de nombreuses bases américaines. Celles-ci sont disséminées en Arabie Saoudite, au Qatar, à Oman, en Irak, au Koweït, aux Émirats, et au Bahreïn, sans oublier des bases en Syrie et en Jordanie, pays qui n’ont pas de débouché direct sur le Golfe. Au total, ces bases abriteraient, en temps normal, près de 50.000 hommes, avec le commandement de la Vème flotte à Bahreïn et la plus grande base de la région au Qatar.

C’était un choix assumé, dont le point de départ communément admis est la rencontre entre le président Franklin Roosevelt et le Roi Ibn Saoud début 1945, à bord du navire de guerre américain, l’USS Quincy. Le deal était alors une protection américaine en contrepartie de l’accès illimité au pétrole de la région.

La tendance s’est renforcée après l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990. Les monarchies du Golfe ont de nouveau constaté leur extrême vulnérabilité militaire, ce qui a renforcé leur dépendance et leur sujétion, devenant des objets dociles, incapables de dire non aux Etats-Unis sur la plupart des sujets.

 

Nouvelle doctrine iranienne

Avec la guerre contre l’Iran, cette assurance-sécurité s’est retournée contre eux, se révélant comme le première source de menace pour leur propre sécurité. D’où des bouleversements importants à attendre dans les prochaines années en matière de réflexion et de doctrine sur la sécurité de la région, en attendant des choix, difficiles à prendre pour le moment.

En fait, c’est l’Iran qui a déplacé le problème, en introduisant un élément nouveau dans sa stratégie de défense: toutes les bases utilisées pour attaquer l’Iran sont des cibles légitimes, et les pays qui les abritent sont considérés comme sources de menace, qu’ils soient réellement engagés aux côtés des Etats-Unis et d’Israël ou qu’ils soient de simples spectateurs impuissants.

La doctrine iranienne,qui définit la partie adverse comme un tout, un système global agissant de manière solidaire et concertée, a ainsi imposé une nouvelle stratégie: organiser la riposte de manière globale, sans limites, en appuyant sur les acteurs les plus vulnérables.

La réflexion iranienne a également débouché sur un concept de proportionnalité redoutable. Si une centrale électrique ou une unité industrielle iranienne est bombardée par des avions venant d’une base de la région, bénéficiant d’un ravitaillement en vol au dessus du territoire d’un pays de la région, ou traversant simplement son espace aérien, les centrales électriques de ce pays deviennent des cibles légitimes. C’est un changement de paradigme qui change complètement la donne.

 

Révisions déchirantes

Mais le plus dur, pour les pays du Golfe, est à venir. Jusque-là, ils pouvaient se bercer d’illusions, ne pas voir le réel. Un pays comme les Émirats vivait dans l’illusion d’une puissance régionale pouvant devenir un acteur et influer sur la scène internationale. La guerre contre l’Iran l’a ramené à sa véritable dimension: un petit pays sans envergure, une douwaïla, incapable de se défendre, même en se mettant sous la quadruple protection américaine, israélienne, française et britannique. Pour eux, le constat est terrible: du fait de l’agressivité d’Israël, leur sécurité est menacée, leur richesse devient hypothétique, et les protecteurs ne sont même plus en mesure de leur assurer l’accès de leur pétrole au marché international.

En plus de l’inefficacité de la protection externe, les pays du Golfe ont été mis à nu sur un autre volet. Ils sont contraints d’admettre que la priorité des Etats-Unis va à la protection d’Israël, pas à la sécurité des monarchies du Golfe. Les dispositifs les plus sophistiqués et les plus coûteux sont destinés à Israël, pas à eux.

D’autre par, la sécurité ne se limite pas au volet militaire. Elle a aussi un volet interne, le plus important: une cohésion entre la politique des gouvernements et l’opinion publique.

Or, et jusqu’à preuve du contraire, l’opinion publique de ces pays continue à considérer Israël comme un ennemi. A l’inverse, l’Iran est vu comme un voisin, peut-être un peu encombrant, mais il est là pour toujours, et il est moins belliqueux et moins agressif qu’Israël ou que la lointaine Amérique.

Le conflit chiites-sunnites, né d’un besoin de domination externe, peut être dépassé si on admet cette réalité: la sympathie naturelle d’un habitant du Golfe va plutôt à l’Iran qu’à Israël.

A moins de s’engager dans des aventures insensées comme celle de Saddam Hussein, l’intérêt de tous ces pays du Golfe est de cohabiter et de coopérer, y compris pour réfléchir ensemble à un modèle de sécurité propre aux pays de la région. Après tout, la France et la Grande Bretagne, qui avaient chassé l’influence turque, ont quasiment disparu de la région, au profit des Etats-Unis. Rien n’interdit de penser que d’autres acteurs vont progressivement supplanter les Etats-Unis, peut-être par d’autres moyens, essentiellement économiques et commerciaux. On peut penser évidemment à trois puissances nucléaires, la Chine, l’Inde et le Pakistan, les deux premiers étant les géants économiques de demain.

 

Un pôle saoudien?

Mais l’option la plus osée et la plus pérenne est celle d’une organisation de la sécurité des pays de la région basée sur leurs propres capacités, plutôt que de chercher un protecteur plus efficace, le même ou un nouveau. Il leur faudra donc revenir aux fondamentaux dans ce domaine: mobiliser ses propres ressources humaines, économiques, militaires et de formation, pour se constituer en une force capable de se défendre et de peser sur le cours des événements. Un peu à la manière de ce qu’a fait l’Iran.

Au sein du CCG, le rôle de leader capable d’agréger ces moyens échoirait naturellement à l’Arabie Saoudite, plutôt qu’à un Irak belliqueux et instable. Pour envisager cette option, l’Arabie Saoudite avait besoin de nouveaux dirigeants, capables de remettre en cause la vassalisation passée de leur pays, et de se lancer dans une autre politique plus ambitieuse: devenir leader d’un ensemble en mesure d’imposer ses propres choix.

Mohamed Ben Selmane semble avoir ce profil et cette ambition. Ce qui explique peut-être les critiques acerbes de Donald Trump et celles, encore plus dangereuses, du sénateur Lindsay Graham.

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