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الأحد، 3 ماي 2026

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Le 3 mai, entre liberté de la presse et pouvoir des médias

Le 3 mai, entre liberté de la presse et pouvoir des médias

 

Abed Charef

 

Aucune armée au monde n’a tué autant de journalistes que l’armée israélienne. Plus de 150 hommes de médias assassinés en deux ans et demi. Visés par des snipers, tués dans des bombardements ou par un missile tiré par un drone, froidement abattus par des soldats, comme pour donner l’exemple: Israël a méthodiquement assassiné les journalistes.

Depuis un demi-siècle, l’Iran n’a agressé aucun pays. Les seules guerres menées par l’Iran, c’est pour se défendre suite à une agression. Pendant ce temps, Israël a attaqué l’Égypte, la Syrie, l’Irak, le Liban, la Tunisie, la Jordanie, l’Iran, certains à plusieurs reprises, sans oublier la Palestine, dont le territoire est occupé.

Mais cela n’a pas changé le rapport de la presse occidentale à Israël et à l’Iran. Lisez un éditorial d’un quotidien «institutionnel» occidental ou regardez une émission de télévision, et vous vous retrouvez, dans neuf cas sur dix, avec le même schéma, le même narratif: Israël joue le rôle du petit pays assiégé qui se défend, alors que l’Iran se voit attribuer le rôle du méchant agresseur.

Comme dans la guerre, l’affrontement médiatique est lui aussi asymétrique. Le plus faible, le résistant, le colonisé, le pays agressé, se retrouve sans voix face à la toute puissance des médias riches, puissants, souvent adossés à des fortunes et à leurs gouvernements, dont ils adoptent la position lorsqu’il s’agit de politique étrangère. La dissidence est rare, voire marginale.

 

Hégémonie menacée

Cette hégémonie était complète, imparable. Jusqu’à l’apparition des réseaux sociaux. Même s’il ne faut pas se faire d’illusions sur la neutralité des réseaux: eux aussi sont parfaitement intégrés dans le système de pouvoir de leurs pays respectifs, principalement les Etats-Unis, où les géants du net participent au système de sécurité.

Mais les réseaux sociaux ne permettent pas de gagner des guerres médiatiques. Ils sont les drones du journalisme: ils permettent d’exister, de résister, parfois d’avoir un impact sur la décision, de faire des coups médiatiques, mais ils n’ont pas la puissance des grands médias, lesquels continuent de valider les choix politiques et les décisions stratégiques.

 

La success story Al-Jazeera

En ce sens, l’impact d’Al-Jazeera reste, par exemple, plus puissant que tout ce que peuvent véhiculer les réseaux sociaux. Malgré ses tares (proximité avec la politique étrangère du Qatar, complicité dans des renversements de pouvoir comme en Libye et Syrie, soutien manifeste à des guérillas intégristes), cette chaîne a été un pari audacieux et réussi, en ce sens qu’elle a atteint deux objectifs majeurs qui lui étaient assignés: coller à la politique étrangère du Qatar, tout en restant suffisamment crédible pour préserver sa propre influence.

Disposer d’Al-Jazeera s’est révélé un atout majeur dans les moments de crise, tout comme la chaîne a donné de l’épaisseur au rôle diplomatique du Qatar. C’est un atout diplomatique sans pareil. En termes de soft power, il n’y pas d’égal dans le monde arabe et en Afrique.


A côté, c’est le désert. Dans cette même aire géographique, Il y a peu de médias réellement influents.

En Algérie, par exemple, il est difficile de trouver des voix qui portent. Aucun groupe médiatique consistant, aucun journal ayant une audience internationale, aucune chaîne de télévision de référence, aucune voix susceptible d’être reprise à l’international. La voix de Yasmina Khadra a une certains résonance, mais ce n’est pas suffisant pour créer un soft power.

On peut disserter sur la responsabilité des uns et des autres, en premier lieu celle du pouvoir; on peut évoquer les promesses d’une époque, le talent d’une génération qui a fait le bonheur de médias d’autres pays; on peut évoquer les ratés et les déceptions, symbolisées par la vassalisation des médias et la condamnation de deux anciens ministres de la communication à de lourdes peines de prison.

Mais on ne changera pas cette évidence: un système médiatique fait partie de l’immunité d’un pays. Or, seule une presse crédible peut tenir ce rôle. Et, pour être crédible et avoir du pouvoir, une presse doit être libre.

Pour résumer, le monde se divise en deux: ceux où on parle du pouvoir des médias, et ceux où on parle de liberté de la presse. Pour faire partie de la première catégorie, il faut avoir réglé la question qui fait encore polémique dans la seconde catégorie.

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