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الأحد، 15 مارس 2026

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Guerre dans le Golfe: Quinze jours de guerre en quinze points

Guerre dans le Golfe:  Quinze jours de guerre en quinze points

 

Abed Charef

 

Quinze jours de guerre entre l’Iran d’un côté, les Etats-Unis et Israël de l’autre, ont profondément changé la donne au Moyen-Orient, et annoncé des bouleversement géopolitiques majeurs. Dans cet affrontement annoncé asymétrique, entre la premiere puissance du monde et un pays qui n’a pas les moyens de maîtriser son propre ciel, l’affrontement s’est révélé beaucoup plus complexe que prévu, avec d’un côté des agresseurs menant des destructions massives en tirant profit de leur maîtrise totale du ciel; de l’autre, un Iran qui subit des pertes mais qui se révèle déterminé et organisé.

Les principaux éléments à retenir de ces deux semaines de conflit pourraient être regroupés en quinze points:


1. La crédibilité des États-Unis fortement érodée

Depuis le début de l’agression contre l’Iran, les dirigeants américains ont multiplié les déclarations contradictoires. Anéantir le potentiel nucléaire iranien, changer «le régime des mollahs», une formule répétée inlassablement sur les plateaux télé, détruire l’industrie balistique iranienne, prévenir une agression imminente: l’objectif de la guerre a varié au gré des déclarations du président Donald Trump et de ses principaux lieutenants.

Ce n’est pas l’Iran qui le dit. Ce sont des hommes politiques américains de premier plan, comme le sénateur Chris Murphy qui affirme, après un briefing au sommet, qu’il «n’y a pas d’objectif clair ni de de stratégie claire» à cette guerre. «Je n’ai aucune idée de pourquoi nous sommes entrés dans cette guerre», a-t-il dit.

Alignant trois porte-avions, un dispositif qui coûte pas loin d’un milliard de dollars par jour, en plus d’une multitude de bases dans la région, les Etats-Unis se sont révélés incapables de protéger des pays vassaux qui leur ont confié les clés de leur sécurité. Ils n’ont pas été en mesure de protéger leurs propres bases dès le moment où l’Iran, refusant de rester dans le cadre étroit de la guerre que veulent fixer ses agresseurs, a décidé d’élargir le théâtre des opérations à l’ensemble des pays qui abritent des bases américaines.

Les Etats-Unis ont aussi détruit leur crédibilité morale. Pour la deuxième fois, ils attaquent un pays en pleines négociations, ce qui relève de la perfidie.

 

2. Accumulation d’erreurs

Les Etats-Unis ont accumulé une série incroyable d'erreurs avant de déclencher leur agression. Sans objectif clair ni stratégie élaborée, il ne pouvait en être autrement. Il est étonnant de voir l’armée américaine faire face à un problème de logistique, comme cela se passe pour les dispositifs anti-missiles.

Sur un autre terrain, les Américains ont estimé possible un effondrement du pouvoir iranien dès les premières attaques. En assassinant des dirigeants de premier plan, dont le guide suprême Ali Khameneï, ils pensaient créer une confusion telle qu’elle déboucherait sur l’écroulement du pouvoir. Ils ont affiché une méconnaissance étonnante de l’appareil militaire et sécuritaire, et du système politique mis en place en Iran au fil des décennies.

 

3. Une information manque

Un tableau aussi peu reluisant chez la première puissance mondiale intrigue. Avec ses moyens financiers, ses agences de renseignements, ses think-tanks, ses chercheurs, comment est-il possible qu’un État aussi puissant puisse faire preuve d’autant d’amateurisme? Différentes hypothèses sont avancées, mais elles mènent vers des questions qui n’ont toujours pas trouvé réponse. La guerre a été décidée par les Etats-Unis ou par Israël? Donald Trump mène-t-il une guerre par procuration? Est-il sous influence du fait de l’affaire Epstein, et a-t-il été contraint de lancer cette guerre?

A moins que, scénario très élaboré, cette confusion affichée relève d’une stratégie visant à faire durer la guerre pour réaliser le véritable objectif, détruire l’Iran par des bombardements massifs et de longue durée.

 

4. Le véritable objectif d’Israël

Cela rejoint l’objectif d’Israël dans sa politique envers l’Iran, comme envers tous les pays ayant une sensibilité à la question palestinienne: détruire tous les pays ayant du potentiel. Détruire au sens global: détruire les Etats, les économies, les armées, les institutions. C’est ce que les Etats-Unis ont fait pour le compte d’Israël en 2003 en Irak. C’est peut-être l’objectif réel de cette guerre.

 

5. Petits gains pour Trump et Israël

Après deux semaines de conflits, les Etats-Unis et Israël ont gagné sur un seul terrain: faire oublier leurs déboires. Benyamin Netanyahou a relégué au second plan la situation à Ghaza, alors qu’il fait l’objet d’un mandat de la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre. Les tueries se poursuivent en Palestine, mais peu de monde leur accorde l’importance requise. Faire oublier une guerre en déclenchant une nouvelle guerre fait partie désormais partie de la panoplie israélienne. La Palestine, l’Iran, le Liban, en attendant une autre cible.

Donald Trump a de son côté réussi à faire oublier temporairement l’affaire Epstein, alors que des faisceaux d’indices le mettaient clairement en accusation. La guerre contre l’Iran lui permet aussi d’occulter sa piteuse campagne sur les droits de douanes, confirmant que lui aussi veut surfer d’une affaire à l’autre, l’idéal étant pour lui de maintenir cette situation jusqu’aux élections de novembre prochain.

 

6. Israël perd son crédit à l’international

Mais si Israël a pu reléguer au second plan la situation en Palestine, ce qui lui restait de crédit à l’international après le génocide en Palestine s’est totalement érodé avec l’agression contre l’Iran. A l’exception de cercles sionistes, des réseaux de pouvoir et d’argent, l’image d’Israël est détestable. C’est un pays paria, dont les citoyens ne peuvent pratiquement plus se déplacer dans le monde.

En interne, la population israélienne, habituée à considérer la guerre comme un simple désagrément vite oublié, apprend à vivre dans la terreur. Après le fiasco des services secrets israéliens du 7 octobre, l’armée israélienne, supposée la plus performante du monde, est apparue impuissante face à l’Iran. En fait, elle ne tient sa force qu’en s’appuyant sur la puissance américaine.

 

7. L'Iran fait mieux que résister

Dans l’autre camp, l’Iran a confirmé une capacité de résilience rare. Non seulement il a tenu le premier choc supposé lui porter un coup décisif, mais il a développé méthodiquement sa propre stratégie pour reprendre la main. Il a montré une cohésion interne, une solidarité sans faille au sein de l’appareil militaire et sécuritaire, alors que la société iranienne, même dans ses franges hostiles au pouvoir en place, reste attachée à la souveraineté nationale et opposée à l’agression extérieure


8. Un État solide, un État profond à la hauteur

La disparition de dirigeants Iraniens de premier plan n'a pas eu d'impact significatif sur le fonctionnement du pays. Ils ont été remplacés selon des procédures simples, efficaces, préservant ainsi une chaîne de commandement à des moments critiques.

 

9. L’Iran impose sa guerre

L’autre point fort de l'Iran, c’est d’avoir refusé le cadre dans lequel ses ennemis voulaient limiter la guerre, pour imposer sa propre logique. En élargissant le théâtre d’opérations à toutes les bases américaines dans la région, en optant délibérément pour une prise de contrôle du détroit d’Ormouz, en s’attaquant à toutes les institutions et installations américaines dans la région, sans compter Israël, devenu un ciel ouvert, Téhéran a inversé le cours de la guerre.

 

10. Détroit d’Ormouz, l’arme ultime

A un moment clé, l’Iran a pris le contrôle du détroit d’Ormouz, où naviguent désormais les seuls navires de pays amis. Cela permet de préserver la Chine, premier client du pétrole iranien, et de sanctionner les pays aidant d’une manière ou d’une autre les Etats-Unis.

C’est une carte majeure que joue avec succès l’Iran. Les Américains, malgré leur présence militaire massive, ne peuvent rien faire. Même s’ils risquent d’utiliser cela comme prétexte pour entraîner d’autres pays dans la région, au nom de la liberté de navigation cette fois-ci.

 

11. Faiblesses iraniennes récurrentes

L’Iran n’a toutefois pas réussi à pallier à ses faiblesses récurrentes, notamment la protection des dirigeants et le contrôle du ciel et de la guerre électronique. En plus du guide suprême Ali Khameneï, l’Iran a perdu dès le premier jour de la guerre, le secrétaire du Conseil de défense, Ali Shamkhani, le Commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique Mohammad Pakpour, le chef d’état-major des forces armées Abdolrahim Mousavi, le Ministre de la Défense et de la logistique des forces armées Aziz Nasirzadeh, le Chef du bureau militaire du Guide suprême, Mohammad Shirazi.

Aucune armée au monde ne peut subir une telle hécatombe dès la déclarations des hostilités sans en ressentir profondément l’impact. L’Iran a dépassé l’épreuve apparemment sans difficultés, ce qui laisse supposer qu’une telle éventualité a été anticipée, et que des procédures ont été mises en place pour assurer le fonctionnement de institutions en toutes circonstances.

 

12. Les pays arabes refusent de basculer

Les pays arabes du Golfe n’ont pas foncé tête baissée dans la guerre à laquelle ils étaient invités. L’Iran les a visiblement informés à l’avance, précisant que toutes les bases américaines dans la région participaient à l’agression et seraient, de ce fait, des cibles légitimes.

Le discours sur des pays arabes complices d’Israël et disposés à basculer à la moindre semonce n’a pas fonctionné. Malgré les pressions américaines et occidentales, ces pays sont confrontés à une autre réalité: leur sympathie naturelle ne va pas à Israël, malgré les divergences avec Téhéran; leur opinion est largement favorable à l’Iran; ils découvrent aussi que la protection américaine est très aléatoire; ils confirment que leur sécurité n’est pas liée à celle d’Israël et que ce dernier est à l’origine de toutes les guerres dans la région.

 

13. Chine et Russie observent, l'Europe disparaît

Deux pays surveillent de près l’évolution de la guerre dans le Golfe, pour disséquer les capacités militaires américaines: la Chine et la Russie. La première, qui a potentiellement dépassé les Etats-Unis sur le plan de la production économique, se rapproche sur le plan militaire, avec en perspective une compétition globale inévitable entre les deux pays, un choc qui constituera la plus grande confrontation du siècle.

Un enlisement des Etats-Unis en Iran signifierait que Washington ne serait plus en mesure de suivre avec la même efficacité le conflit ukrainien et l’évolution de la situation autour de Taïwan.

La Russie est dans la même disposition: Moscou doit éviter un écroulement de l’allié iranien pour empêcher les Etats-Unis de revenir vers l’Ukraine.

A l’inverse, l’Europe est le perdant de cette guerre. Ignorée, méprisée, l’Europe tente de se raccrocher au wagon américain. Elle peut être tentée par une aventure dangereuse pour regagner les faveurs de Washington: se joindre à la guerre.

 

14. La légalité internationale out

L’autre grand perdant de la guerre, c’est la légalité internationale. Après ce qu’ils ont fait au Venezuela, les Etats-Unis se sont lancés dans une guerre totalement illégale.

Pire: les principaux pays occidentaux ont fait semblant de désapprouver l’agression, mais ils l’ont justifiée parce que le pouvoir iranien ne leur convient pas. C’est ce qu’ils ont fait pour le Venezuela, et qu’ils feront à l’avenir, pour d’autres agressions en préparation. Cuba, par exemple.

Désormais, plus personne n’est à l’abri. Et l’Europe, à l’exception de rares pays, comme l’Espagne, n’est pas neutre, elle est complice, car elle justifie les agressions.

 

15. Le cynisme des criminels

Pour terminer ce panorama, un élément mérite d’être relevé: le cynisme absolu de la situation actuelle.

A suivre les analystes occidentaux, les plus farfelus comme les plus crédibles, la guerre pourrait prendre fin non à cause de l’injustice qu’elle comporte, de son illégalité, ou de son caractère destructeur et immoral.

Non.

Elle pourrait prendre fin si Donald Trump estime que cela peut faciliter la victoire de son camp aux élections de novembre prochain, ou s’il réussit à échapper aux pressions de l’affaire Epstein.

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