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الثلاثاء، 16 جوان 2026

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Carte tronquée de l'Algérie : maladresse tunisienne, ou laboratoire du chaos venu d'ailleurs ?

Carte tronquée de l'Algérie : maladresse tunisienne, ou laboratoire du chaos venu d'ailleurs ?


Redha Benyamina 

Ingénieur 


Elle n'est pas gardée par des barbelés. La nouvelle ligne de fracture ne sépare pas deux pays, mais deux versions du même souvenir. Une propagande silencieuse, générée par intelligence artificielle, travaille nuitamment certaines régions frontalières de l'Algérie.

Non pas pour conquérir un centimètre de terre, pas encore. D'abord pour voler un pan de mémoire. Parce que qui vole la mémoire prépare la spoliation.

Et la preuve que ce narratif n'est pas une théorie? Elle est déjà là, sur la toile. Une chaîne de télévision tunisienne a commis un grave dérapage en présentant une carte de

l'Algérie tronquée, amputée d'une partie de son territoire. Les excuses sont venues, bien sûr. 

Le communiqué de rectification a été publié. Mais sur les réseaux sociaux, l'image, elle, continue de vivre. On la partage. On la commente. On l'extrait de son contexte. On dit : « Regardez, même nos voisins le voient ainsi. » L'erreur est officiellement enterrée.

Le narratif, lui, ne l'est pas. Et c'est là que se joue la guerre cognitive, non pas dans les faits, mais dans leur circulation.

Lisons entre les lignes du digital. Depuis plusieurs mois, des comptes anonymes, alimentés par des IA capables de produire des milliers de textes, d'images et de vidéos

par seconde, inondent les espaces numériques destinés aux populations des franges orientales et occidentales de l'Algérie. Le sujet ? Toujours le même, décliné à l'infini : une

relecture de l'histoire locale, une « autre version » des faits, une « option » que les anciens n'auraient jamais osé évoquer. Pourquoi cette insistance ? Parce que l'ennemi

n'a pas pu libérer certaines terres sur son propre territoire. Parce que ses frontières actuelles sont pour lui une blessure ouverte. Parce qu'il sait qu'il ne peut pas prendre par la force ce que l'histoire lui a refusé. Alors il prend par la ruse. Il ne mobilise pas des chars. Il mobilise des algorithmes.

L'incident de la chaîne tunisienne, en apparence banal, est en réalité une fenêtre ouverte sur la méthode. Une carte tronquée publiée, des milliers de captures d'écran, des années de partage. La vérité finit par se noyer sous la répétition. À force de voir une Algérie diminuée, l'œil s'habitue. L'esprit s'interroge. Le doute s'installe. C'est la stratégie du

chaos version 2.0 : non plus mentir sur un fait, mais diffuser une « erreur » assez longtemps pour qu'elle devienne, pour une partie de l'opinion, une « opinion » comme

une autre.

Les outils employés sont d'une sophistication redoutable. Des chatbots paramétrés pour

dialoguer avec les jeunes dans leurs propres dialectes. Des deepfakes audio où des voix familières prononcent des phrases qu'elles n'ont jamais dites. Des cartes anciennes, générées par IA, montrant des tracés de frontières qui n'ont jamais existé. Rien n'est laissé au hasard. Chaque publication, chaque commentaire, chaque « partage » est calibré pour atteindre un objectif : faire naître l'idée que l'intégrité territoriale de l'Algérie serait une anomalie historique. Une erreur à corriger. Une « libération » en douceur.

C'est là que l'affaire devient claire. L'ennemi n'a pas pu libérer certaines terres sur son propre sol. Il a échoué militairement, politiquement, diplomatiquement. Alors il se rabat

sur le seul champ de bataille où il lui reste une chance : le numérique. Il ne peut pas conquérir, donc il va tenter de ronger. Il ne peut pas annexer, donc il va tenter de détacher. Il ne peut pas gagner une guerre régulière, donc il va tenter de gagner une

guerre de l'ombre. Et les « erreurs » cartographiques, même rectifiées, sont les munitions de cette guerre. Parce que sur les réseaux sociaux, la rectification ne rattrape jamais le mensonge.

Alors que faire? D'abord, regarder. Observer ces flux, les analyser, les documenter. Ensuite, ne pas rire de ces tentatives. Le ridicule n'a jamais tué une menace algorithmique. Enfin, rappeler une vérité que l'IA ne pourra jamais effacer : si l'ennemi n'a pas pu libérer ses propres terres, ce n'est pas sur les nôtres qu'il réussira. La frontière n'est pas là où vous croyez. Elle est maintenant dans un algorithme. Et il nous faut apprendre à la défendre autrement. Parce que celui qui croit que les guerres se gagnent encore avec des fusils n'a pas compris que la première bataille, aujourd'hui, se gagne dans une tête. Et les têtes, dans les régions frontalières, sont déjà ciblées. La preuve ? Cette carte tronquée. Cette « erreur ». Et tous ceux qui, encore maintenant, la partagent sans rien savoir.

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