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رياضة
2026-11-06

Abed Charef
Un candidat au Sénat américain, originaire d’un pays arabe, pro-palestinien affiché, a été élu mardi 3 novembre lors des élections de mi-mandat. C’est la première fois qu’un élu ayant ce type de profil passe les différents écueils dans un scrutin américain: d’abord être candidat, ensuite avoir l’aval de son parti, puis être élu.
Dans chacune de ces épreuves, les barrières sont nombreuses. L’appareil du parti démocrate est traditionnellement tenu par les réseaux et les lobbies, dont la très puissante AIPAC. Les candidats sont filtrés à la base. Pour être candidat à la candidature, il faut être accommodant, et se situer dans la pensée admise. La règle de base a été toujours été d’être pro-israélien, sans réserve ni limite.
Il faut ensuite disposer des financements nécessaires pour devenir visible. Là, le poids des lobbies devient encore plus important. Les élections américaines exigent un niveau de dépenses exorbitant. Selon les informations rendues publiques à l’occasion des élections de mi-mandat de novembre 2026, les dépenses pour ce scrutin ont dépassé le chiffre faramineux de 15 milliards de dollars, fournis soit par les candidats eux-mêmes, soit par leurs comités électoraux. Elon Musk à lui seul a fourni plus de 450 millions à de dollars des candidats républicains.
L’AIPAC en échec
Abdou Sayed a en outre remporté l’élection malgré la trahison de sa concurrente démocrate, Haley Stevens, passée chez l’ennemi. Celle-ci, pro-israélienne notoire, a appelé à voter pour le candidat du parti républicain après avoir été battue lors de la primaire.
Haley Stevens avait dépensé plus de 60 millions de dollars lors de la primaire, une des sommes les plus élevées pour ce type de campagne. Ses dépenses ont été près de dix fois plus élevées que celles de Abdou Sayed. L’AIPAC en a fourni près de la moitié, pour financer des publicités où le futur vainqueur était tour à tour accusé d’être un islamiste, un terroriste, un frère musulman et, accusation suprême, traditionnellement fatale, antisémite. Tout cela sans résultat. Elle n’a pu se faire élire.
Le climat a changé. Nombre de candidats ont fait campagne sans disposer de fonds significatifs. Ils ont mobilisé sur les réseaux sociaux, et sur le terrain des idées, plutôt que de compter sur l’argent seul.
La succession de Donald Trump
Le cas de Abdou Sayed traduit-il un mouvement de fond au sein de la société américaine, ou bien s’agit-il d’un phénomène que les appareils traditionnels et les forces de l’argent vont réussir à endiguer, puis à juguler? En fait, la société américaine est traversée par une vague qui bouscule les vieilles certitudes. La victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New-York, il y a un an, avait annoncé la couleur. Elle couronnait un phénomène qui avait déferlé sur les universités pour imposer un nouveau regard sur le monde: le symbole de l’homme persécuté n’est le plus le juif, mais le palestinien.
Certes, aux États-Unis, le pouvoir exécutif et financier reste aux mains des forces de l’argent et des lobbies, symbolisés par l’AIPAC. Mais de nombreux indices montrent qu’on est à la fin d’une époque. Les nouvelles générations américaines ont un regard différent sur le monde. Elles sont fixées sur ce que le 21ème siècle va inventer, alors que les aînés restent bloqués sur des lectures post-seconde guerre mondiale ou, au mieux, post-guerre froide.
Les acteurs politiques et médiatiques qui émergent veulent ramener le curser à gauche, dans un pays où les néo-conservateurs ont fait basculer la politique vers une droite dure, parfois extrême. Comment vont se comporter ces nouveaux acteurs, situés à la gauche du parti démocrate, après l’euphorie de la victoire? Auront-ils la force, l’ingénierie, la capacité, la puissance financière et intellectuelle pour imposer cette mutation? C’est sur ce terrain que va s’organiser la succession de Donald Trump.
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