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الاثنين، 30 مارس 2026

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Liamine Zeroual, un brillant officier qui s’est égaré à la présidence

Liamine Zeroual, un brillant officier qui s’est égaré à la présidence

 

Abed Charef

 

Que retiendra l’histoire de Liamine Zeroual ? L’ancien président, décédé samedi 28 mars 2026, a d’abord été moudjahid. Il fait partie de cette génération qui était à peine sortie de l’adolescence à l’indépendance du pays. Ayant rejoint l’ALN très jeune, envoyé pour une formation militaire en Orient, avant de compléter plus tard par d’autres stages dans différentes académies militaires prestigieuses, Zeroual a été un officier qui a grandi avec l’indépendance, et a mûri dans les casernes où l’armée faisait ses différentes mutations.

Homme discret, peu loquace, arborant une moustache poivre et sel et un port élégant, il a gravi différents échelons au sein de l’armée pour devenir le plus jeune général de l’armée algérienne. Il a occupé des postes prestigieux au sein de l’armée, de chef de la fameuse huitième brigade blindée à commandant des forces terrestres, avant d’arriver au sommet, ministre de la défense puis président de la république.

L’histoire retiendra que lorsque Abdelaziz Bouteflika a fait faux bond à l’armée qui avait fait appel à lui en 1993, celle-ci s’est tournée vers Liamine Zeroual, l’un des siens pour en faire un président durant la période la plus trouble de l’Algérie indépendante.

Zeroual a fait front. Il a assumé cette tache sans rechigner, endossant une responsabilité lourde, pour claquer la porte au moment où le pays sortait du tunnel. La difficulté ne le rebutait pas, le danger non plus. C’est un homme qui a vécu dans le défi.

 

Une sortie ratée

Mais pour un homme politique, c’est la sortie qui compte. Plus que le panache avec lequel il mène sa carrière. Et Liamine Zeroual a raté sa sortie. En 1999, il a laissé s’organiser une élection au profit de Abdelaziz Bouteflika, malgré le retrait des six autres candidats. Il n’a pas dit un mot. Comme s’il était vaincu, défait, et qu’il remettait les clés de la maison Algérie sans la moindre protestation.

Car Liamine Zeroual avait été vaincu. Non par le terrorisme, ni par les menaces qui planaient sur l’Algérie, mais par un système politique qui l’avait utilisé pendant les moments les plus difficiles, pour le désavouer à partir du moment où il n’était plus utile.

Dès sa nomination au ministère de la défense, sous le HCE, Zeroual avait mesuré l’ampleur et le danger de la tâche à mener: faire face à un terrorisme dévastateur, et tenter de redonner un minimum de crédibilité à un système politique en fin de cycle. Si, en officier chevronné, il a mené la première tâche au prix d’un sacrifice très lourd consenti par le pays, il a lamentablement échoué sur le deuxième volet, faisant preuve d’amateurisme, voire d’une certaine naïveté.

 

Président sans pouvoirs réels

Président de la république, ministre de la défense, moudjahid, général, Zeroual cochait toutes les cases pour prendre le pouvoir. Il n’a jamais réussi à le faire. Face à la toute puissance de l’état-major et au DRS, dirigés alors par Mohamed Lamari et Toufik Mediène, il gérait une façade alors que les véritables décisions se prenaient ailleurs.

Cela s’est confirmé quand il a pris à ses côtés le général Mohamed Betchine, ancien patron du DRS. Celui-ci était un homme de pouvoir, et pouvait être considéré comme une menace pour les puissants généraux en poste. Une violente campagne a été déclenchée contre le général Betchine, jusqu’à obtenir sa destitution.

Entre-temps, après avoir tenté le dialogue avec les dirigeants du FIS qu’il avait rencontrés avant même de devenir président, Liamine Zeroual avait opté pour une guerre frontale contre les groupes terroristes. Il les avait qualifiés de mercenaires, traîtres et criminels. Il avait rejeté «dans le fond et dans la forme» la plate-forme de San Egidio, une formule médiane qui aurait pu constituer une sortie honorable et épargner au pays quatre années supplémentaires de guerre civile. Engagé à fond dans une guerre sans merci contre les groupes terroristes, Zeroual ne pouvait se maintenir dès le moment où des accords était signés avec les groupes armés.

Démoralisé, il annonçait sa démission en septembre 1998. Dans un dernier geste de conciliation avec le système qui l’avait fait président, il acceptait de rester en poste six mois supplémentaires pour donner le temps au vrai pouvoir d’organiser la succession et introniser Abdelaziz Bouteflika, l’homme qui allait mener le pays vers la déliquescence.

 

Un bilan politique désastreux

En termes d’image, l’Algérie retiendra de Liamine Zeroual la foi du moudjahid, la détermination de l’officier, le courage du politique, la probité du citoyen, et même le panache avec lequel il a exercé ses fonctions de président de la république, refusant toute compromission avec les islamistes et gérant la tête haute une crise avec la France alors que le pays était en grande difficulté.

Mais sur un terrain strictement politique, Liamine Zeroual a essentiellement servi de couverture à des décisions prises ailleurs. L’essentiel des leviers de gestion lui échappaient.

Même le FLN, dirigé alors par Abdelhamid Mehri, lui restait obstinément hostile. C’est d’ailleurs sous Zeroual qu’a eu lieu le coup d’État qui a abouti à la destitution de Abdelhamid Mehri.

Quand, plus tard, les proches de M. Zeroual ont tenté de se doter d’un mouvement politique pour installer leur pouvoir, ils ont créé le RND, une formation monstrueuse qui a charrié ce que la classe politique algérienne comptait de pire.

Sur le plan économique, Zeroual a été amené à valider le plan d’ajustement élaboré par le FMI, provoquant de sérieux dégâts économiques, alors que le pays avait commencé à apprendre ce que peut être une réforme économique.

 

Un dernier tour de piste

Ultime signe de naïveté, les anciens comploteurs, dont Khaled Nezzar et Toufik Mediène, l’ont de nouveau sollicité pour tenter de reprendre les choses en main à la faveur du hirak, en 2019.

Comment avait-il pu oublier ses déboires avec eux ? Comment a-t-il pu se laisser prendre au piège, lui qui avait décidé de s’isoler dans sa ville de Batna, pour rompre physiquement avec les cercles de pouvoir? Que s’est-il passé pour qu’il accepte de discuter avec eux, alors qu’il s’était absenté de Batna un court moment pour ne pas avoir à rencontrer Abdelaziz Boueflika lorsque celui-ci était en campagne pour le second mandat? Pensait-il réellement que ces cercles, qui avaient détenu la réalité du pouvoir quand lui-même était chef de l’État, pouvaient compter sur lui pour sauver le pays?

Toujours est-il que Liamine Zeroual a répondu à leurs sollicitations et a fait le déplacement à Alger pour les rencontrer au plus fort du hirak.

Mais cette fois-ci, la ficelle était trop grosse. Zeroual a senti le piège. Il a compris que l’objectif était de destituer le général Gaïd Salah, chef d’état-major et homme fort du moment.

Liamine Zeroual a alors publié une déclaration pour prendre ses distances avec ce qui se tramait. Ce sera son dernier acte politique.

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