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Israël et la fabrique de la victimisation : une lecture géopolitique

Israël et la fabrique de la victimisation : une lecture géopolitique

أخبار

2026-03-02


Par Ahmed Abdelkrim


Depuis plusieurs décennies, Israël occupe une position paradoxale dans le débat international : à la fois acteur central des conflits régionaux et victime permanente sur la scène diplomatique. Cette posture, fondée sur l’idée d’une menace constante, légitime aux yeux de ses dirigeants des actions militaires souvent unilatérales et offensives, tout en soulevant de sérieuses interrogations sur la cohérence entre discours officiel et réalités du terrain.

Les événements récents illustrent ce paradoxe. Alors que l’État hébreu dénonce les tirs de missiles iraniens qu’il qualifie de « violation des conventions de Genève », ses propres opérations s’inscrivent dans une doctrine assumée de frappes dites « préventives » et « ciblées », dont les conséquences humaines sont lourdes.

Le 29 février 2026, une attaque israélo-américaine sur le territoire iranien a entraîné la mort de plusieurs hauts responsables politiques et militaires à leur tête le Guide Suprême Ali Khamenei. Parallèlement, une frappe contre une école de jeunes filles a provoqué la mort de plus d’une centaine d’écolières. Ces événements illustrent l’intensification d’une logique d’escalade régionale.

Dans le même temps, le conflit israélo-palestinien continue de faire rage. Le bilan humain à Gaza atteint des niveaux dramatiques, avec plus de 80 000 morts selon les autorités locales et plusieurs organisations internationales, dont une très grosse majorité de civils, notamment des femmes et des enfants. Les images d’immeubles effondrés, d’hôpitaux saturés et de familles déplacées se succèdent, au point que la répétition de la tragédie semble produire une forme d’accoutumance médiatique : l’exception devient routine, l’indignation s’émousse.

Israël façonne la présentation de ses opérations militaires à travers un vocabulaire soigneusement calibré. Il ne s’agirait pas « d’offensives », mais de réponses nécessaires ; non d’attaques, mais de neutralisations de menaces. Ce choix lexical n’est pas neutre. Il inscrit l’usage de la force dans un registre sécuritaire et légal, destiné à consolider la légitimité internationale de l’action militaire.

Pourtant, chaque escalade avec l’Iran, chaque frappe en Syrie ou au Liban, chaque opération à Gaza contribue à entretenir un cycle de confrontation où la frontière entre défense et projection de puissance devient de plus en plus floue.

Dans ce contexte, le discours israélien insiste sur la légitime défense face au Hamas, au Hezbollah et aux menaces régionales. Mais à mesure que les bilans humains s’alourdissent, la capacité à défendre certaines opérations sur le plan international s’érode. Même parmi ses alliés traditionnels, le malaise grandit face aux destructions massives et aux accusations de violations du droit international humanitaire.

La posture de victimisation joue ici un rôle stratégique central. Elle permet de maintenir une cohérence narrative : Israël agit parce qu’il est menacé ; s’il frappe, c’est pour prévenir un danger « existentiel » ; s’il est critiqué, c’est parce que sa sécurité dérange. Cette construction rhétorique s’appuie également sur la mémoire historique notamment celle du nazisme et de la Shoah qui structure profondément la culture sécuritaire et l’identité politique israélienne.

Mais cette stratégie comporte un coût. Sur le plan régional, elle alimente la défiance et renforce les logiques d’affrontement asymétrique. Sur le plan diplomatique, elle accentue les accusations de double standard : invoquer le droit international lorsqu’on est attaqué, tout en contestant ou minimisant les critiques lorsqu’on est accusé de disproportion.

L’enjeu dépasse la seule communication. Il touche à la crédibilité du système international lui-même. Si les conventions de Genève deviennent des arguments circonstanciels plutôt qu’un cadre universel, leur autorité s’affaiblit pour tous les acteurs.

L’analyse géopolitique de cette posture révèle plusieurs logiques :

1. La légitimation de la puissance militaire : en se présentant comme perpétuellement menacé, Israël justifie des frappes préventives et des interventions au-delà de ses frontières. Cette rhétorique sécuritaire consolide le soutien interne et externe tout en limitant le débat sur la proportionnalité des actions.

2. La gestion de l’image internationale : la victimisation permet de cadrer le récit diplomatique et de replacer toute critique dans le registre de l’hostilité ou du parti pris.

3. L’impact humanitaire : la répétition des opérations militaires engendre un traumatisme durable et des pertes massives parmi les populations civiles, creusant l’écart entre justification stratégique et réalité humanitaire.

4. Le double standard juridique : le droit international est invoqué lorsqu’Israël est la cible d’attaques, mais perçu comme contraignant ou biaisé lorsqu’il encadre ses propres opérations.

Cette posture de victime permanente influence l’ensemble de l’équilibre régional.

Elle complique toute initiative diplomatique, renforce les tensions asymétriques et polarise davantage les opinions publiques.

La fabrique de la victimisation n’est pas seulement une posture morale ; c’est un instrument géopolitique. Elle permet de légitimer l’action militaire tout en structurant le récit international.

Reste une question essentielle : jusqu’où ce récit peut-il résister à l’accumulation des images, des bilans humains et des témoignages ?

Car à force de répétition, la guerre ne banalise pas seulement la mort ; elle banalise aussi l’écart entre le discours et la réalité.

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