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الجمعة، 5 جوان 2026

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En football, gagner ne suffit pas, il faut savoir faire la fête

En football, gagner ne suffit pas, il faut savoir faire la fête

 

Abed Charef

 

Le Paris Saint-Germain a remporté la Champion’s League pour la deuxième fois de suite, un exploit rare.

Problème: l’équipe est entraînée par un espagnol, elle compte des joueurs portugais, brésiliens, marocain, russe, géorgien, espagnols, et de nombreux issus de l’immigration africaine. De plus, le club est propriété du Qatar, et à ce titre, dirigé par Nasser El-Khelaïfi, une sorte de prince-ambassadeur chargé de distribuer les chèques et de gérer l’image du Qatar à l’international.

S’il porte le nom de Saint-Germain, une sorte de saint patron historique de la ville de Paris, et si les stars de la vie politique française et de la jet-set se targuent d’avoir des loges pour assister aux matches, la victoire du PSG a été plus fêtée par les banlieues et les quartiers périphériques que par la France d’en haut. A part les revenus, les joueurs du PSG ressemblent davantage aux déclassés des quartiers que ceux des quartiers chic.

 

Les aigris n’aiment pas la fête

Dès lors, il y a eu deux manières de célébrer cette victoire. Les uns ont défilé dans les rues, crié, trouvant là une occasion de se laisser aller, vivant des instants de communion avec leur équipe, ce qui débouche inévitablement sur des débordements traditionnels en pareilles circonstances.

Les autres se sont montrés aigris, hargneux, insistant sur un seul volet, les débordements, précisément. Ils ont compté les véhicules brûlés, les biens dégradés, les actes délictueux commis, ils ont recensé les lieux d’affrontements et les sites considérés dangereux.

Les plateaux télé se sont alors focalisés sur un aspect, négatif évidemment. Une France petite, rabougrie, fermée sur elle-même, a pris le dessus pour donner libre cours à ses ressentiments. Elle n’a parlé que de répression pour mater les banlieues, sanctionner les actes délictueux, regretter le temps où la loi et l’ordre étaient les valeurs suprêmes. Des juges, des policiers, des sociologues, des juristes, des criminologues, des responsables politiques et dirigeants d’ONG ont été invités à livrer leur expertise sur un sujet que personne d’entre eux ne maîtrise, la gestion des retombées d’un match de foot à enjeu continental.

 

Et la coupe du monde?

Les mêmes experts seront invités à s’exprimer dans un mois après la finale de la coupe du monde. Seront-ils allemands, anglais, brésiliens, français, algériens, espagnols? Parleront-ils de la beauté de la victoire, des gestes techniques développés par les joueurs, des dispositions tactiques mises en place par l’entraîneur, de l’exploit de tel ou tel génie du foot? Ou bien vont-ils s’éterniser sur les dégâts causés par la foule, sur la dégradation des biens, sur la responsabilité individuelle et collective en cas de débordements? Vont-ils dire leur reconnaissance aux joueurs victorieux ou lancer un débat sur les méthodes à utiliser pour réprimer les casseurs? Vont-il profiter des retombées d’un match de foot pour lancer des débats absurdes sur la responsabilité des parents, sur l’éventualité de leur supprimer les allocations familiales, sur la nécessité de baisser l’âge de la responsabilité pénale des mineurs ?

En un mot comme en cent, vont-ils sublimer la victoire ou laisser s’exprimer leur aigreur de voir des pauvres faire la fête parce que, pour une fois, ils sont heureux ?

 

Faire la fête

La question ne relève pas du niveau de développement, ni de l’aire géographique. En fait, dans un même pays, dans une même famille, la réponse peut être différente. Au pays de George Amado, de Cervantès, là où les hommes aiment leurs semblables et aiment la fête, la victoire sera belle, et sera fêtée comme il se doit.

Par contre, là où les hommes passent l’essentiel de leur temps à parler d’étrangers, d’immigrés, d’identité, la victoire aura mauvais goût pour au moins une partie de la population, celle qui refuse d’admettre que la victoire en sport peut venir du gueux, du pauvre, de l’étranger.

Et sur ce terrain, la France offre le plus grand paradoxe. L’homme politique qui y domine les sondages prône un discours xénophobe, alors qu’il a des origines italiennes et algériennes. Et le discours rabougri des plateaux télé sur le foot occulte délibérément ce fait : toutes les épopées du football français ont coïncidé avec l’arrivée au top d’un joueur d’origine étrangère, du polonais Raymond Kopa au métis Kylian M’Bappé, en passant par l’italien Michel Platini et l’Algérien Zineddine Zidane.

D’où cette idée, cette suggestion plutôt: la coupe du monde devrait être réservée à ceux qui savent la fêter.

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