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رياضة
2026-10-24

Ils auraient eu cent ans cette année!
A l’occasion de la célébration du 1er Novembre, nous publions une série de portraits d’homme exceptionnels qui auraient eu cent ans cette année. Il s’agit évidemment de personnalités qui ont joué un rôle de premier plan dans la guerre de libération, ou qui ont marqué leur époque.
Boussouf, l’homme de l’ombre
Abed Charef
C’est une méthode qui devrait inspirer les DRH pots-modernes. Quand il a commencé à recruter les futurs cadres du MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons générales), Abdelhafidh Boussouf recevait lui-même les nouvelles recrues. A l’issue de l’entretien, il prenait sa décision, pour les recruter ou les recaler.
Sur quelle base s’appuyait sa décision ? Un de ses anciens compagnons, peu indulgent avec Boussouf et ses méthodes, affirme que le patron du MALG validait la candidature de ceux qui lui paraissaient meilleurs que lui, mieux formés, plus cultivés, plus instruits, plus audacieux, aptes à la décision et au commandement. Ceux qui, de son point de vue, ne lui apporteraient pas un plus, il les renvoyait vers les autres structures de l’ALN.
Cet homme clivant, que ses détracteurs caricaturent, réduisant sa vie à la police politique et à la mort de Abane Ramdane, avait ainsi réussi à rafler les meilleurs recrues du FLN-ALN pour les enrôler dans ses services. Hocine Aït-Ahmed décrit bien se système de recrutement dans son livre «l’affaire Mecili», où il raconte comment ceux qu’il appelle les «Boussouf boy’s» sont devenus omniprésents: Ali Mecili lui-même était un ancien du MALG.
Ce qui montre que, même si son image est controversée, le personnage Boussouf était beaucoup plus dense, plus complexe et, surtout, d’une redoutable efficacité. Et contrairement à l’image qui domine quand on évoque son parcours, c’est un homme instruit, d’une grande culture, très posé, et de plus, rompu à l’activité politique.
Un homme politique chevronné
Né en 1926 à Mila, Boussouf fait partie de cette génération qui a connu le pluralisme et a été formée dans l’activité politique partisane avant la guerre de libération. C’est donc un politique, avant d’être un homme du renseignement. Les appareils politiques, les réunions de cellule fastidieuses, les débats interminables, la compétition avec les autres formations, amies ou adversaires, il connaît. Au moment du déclenchement de la guerre de libération, il a une bonne dizaine d’années d’activités dans les réseaux PPA-MTLA et OS.
Mais c’est aussi un homme rompu à la clandestinité, dont il a toujours gardé le culte du secret. Certains de ses compagnons le connaissaient par son nom de guerre, Si Mabrouk, et non par son véritable patronyme. Lakhdar Ben Tobbal, qui est du même village, raconte dans ses mémoires comment il l’a brièvement connu dans le militantisme, avant de le perdre de vue pour le retrouver des années plus au sein du groupe des 22, dont la réunion a validé le choix de la lutte armée et dont sept participants allaient devenir chefs de Wilaya, sans compter Mohamed Boudiaf, élu coordinateur du groupe des six.
Comme Abane, c’était un proche de Ben M’hidi,
Autre paradoxe: Boussouf était très proche de Larbi Ben M’Hidi, désigné chef de la Wilaya V lors du déclenchement de la lutte armée. Boussouf est si proche de Ben M’Hidi que celui-ci le désigne pour lui succéder à la tête de la Wilaya V.
Le même Ben M’Hidi présidera, en août 1956, le congrès de la Soummam, où le duo Ben M’Hidi - Abane Ramdane impose ses choix. Quinze mois plus tard, Abane est éliminé: Boussouf assume une part de responsabilité essentielle dans son exécution.
Résultat final : l’homme sur lequel s’appuie Ben M’Hidi pour organiser la Wilaya V et qui lui succédera à la tête de la Wilaya, élimine l’homme sur lequel s’appuie Ben M’Hidi à la Soummam.
C’est dire que dans un processus aussi complexe que la guerre de libération, les choses ne sont jamais linéaires. Les affinités d’un moment peuvent disparaître le lendemain, et les hommes peuvent évoluer selon des cheminements inattendus.
En fait, pour ces dirigeants, seul le processus historique est important. Les hommes qui le peuplent, qui l’élaborent, qui en établissent la doctrine et les étapes, peuvent durer, ou non: sur les cinq premiers chefs de Wilaya, trois sont morts (Didouche Mourad, Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M’Hidi), un a été fait prisonnier (Rabah Bitat), et un seul (Krim Belkacem) est resté au sommet de la décision jusqu’à l’indépendance.
Le culte du secret
C’est à ce titre d’ailleurs que Krim prend de l’importance au sein du groupe des 3 B, avec Boussouf et Ben Tobbal : ils sont une sorte de gardiens du temple, n’ayant guère confiance dans ceux qui ont rejoint le FLN une année ou deux après le déclenchement de la lutte armée. Ils les soupçonnent même d’avoir peut-être pris le train en marche pour tenter de le détourner.
Mais les 3 B ne sont pas forcément aussi unis qu’on le dit. Bien au contraire. Un épisode relaté par Ben Tobbal montre le tempérament de Boussouf, sa méfiance systématique, même s’ils réussissaient à discuter et s’entendre sur l’essentiel.
Boussouf devait se rendre en Tunisie pour une réunion au sommet. Il a envoyé deux membres de son équipe préparer son séjour, et notamment la sécurité du lieu de résidence. Krim, au fait de son pouvoir, avait de son côté préparé une résidence pour Boussouf.
Mais celui-ci une fois arrivé en Tunisie, est allé s’installer chez Ben Tobbal, alors ministre de l’intérieur. Tout le reste, c’était des leurres. Mais la manœuvre de Boussouf n’était pas inutile: plus tard, Krim Belkacem avouera à Ben Tobbal qu’il avait envisagé de les éliminer tous les deux, lui et Boussouf, en marge de cette réunion !
Détecteur de talents
Autre signe de la capacité de Boussouf dans le recrutement: il prend Houari Boumediène à ses côtés. Celui-ci, après une formation militaire sommaire en Égypte, a été envoyé par Ben Bella à Boudiaf, avec un bateau d’armes.
Soupçonneux, Boudiaf pense que Boumediène a été dépêché pour le surveiller. Il s’en sépare et l’envoie chez Boussouf, qui décèle les qualités du personnage et en fera, à son tour, son successeur à la tête de la Wilaya V.
En pleine ascension, Boumediène prend ensuite la tête de l’état-major, et réussit à restaurer la discipline en utilisant la manière forte. Il devient si puissant qu’à l’approche de l’indépendance, il pousse Boussouf vers la sortie.
Comment un manipulateur de la trempe de Boussouf a-t-il pu être aussi facilement éjecté? Abdelhamid Mehri, qui avait claqué la porte d’une réunion au sommet à la suite de la mort de Abane Ramdane, estime que l’image de Boussouf est très partiale. Ayant siégé au GPRA avec Boussouf, il dit que celui-ci a créé le MALG comme un outil redoutable au service de la libération du pays. A partir d’un certain moment, cette machine a été confisquée, et détournée de son objectif initial. Elle servait pour prendre le pouvoir et le conserver.
Mais pour l’opinion, il devenait difficile de séparer une créature de celui qui l’a créée. Une image de Boussouf a été imposée auprès d’une partie des militants. Mais pour ses anciens compagnons, Boussouf fait l’objet d’une véritable vénération.
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