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الثلاثاء، 13 أكتوبر 2026

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MBS entraîné dans une guerre qui n'est pas la sienne

MBS entraîné dans une guerre qui n'est pas la sienne

 

Abed Charef

 

Par petites touches, l’Arabie Saoudite est en train de devenir acteur d’une guerre qu’elle avait su éviter jusque-là. Une guerre subie, non voulue. Un conflit qui a fini par faire partie du quotidien de l’Arabie Saoudite, alors qu’elle n’y a pas réellement intérêt. Sans vraiment maîtriser le cours des événements ni celui des hostilités, le prince héritier Mohamed Ben Selmane, l’homme fort du Royaume, donne l’impression de réagir au coup par coup, de subir une évolution sans jamais réussir à la contrôler, encore moins à prendre l’initiative.

Les choses se sont brusquement dégradées depuis le début du mois, lorsque les Houthis ont haussé le ton, pour mettre une pression supplémentaire sur un marché énergétique mondial déjà sous tension. Pris dans un engrenage interne et international qu’il serait fastidieux de décrire, les Houthis étaient condamnés à faire de la surenchère pour exister et imposer leur présence. Leur arme: empêcher la production et le transport du pétrole et du gaz là où ils sont maîtres, en mer rouge et en mer d’Arabie, perturber le trafic maritime à travers Bab El-Mandeb, verrou par où passe 12% du commerce mondial, contre 20% de la production pétrolière mondiale pour le détroit d’Hormuz.

Emportés par leur propre dynamique guerrière, les Houthis ont multiplié les attaques contre les installations pétrolières saoudiennes puis contre l’aéroport de Ryadh. L’Arabie Saoudite ne pouvait rester les bras croisés. Elle a lancé des raids massifs contre des positions militaires yéménites, bombardant des centaines de cibles entre le 10 et le 12 octobre.

 

Un engrenage incontrôlable

MBS va-t-il être entraîner dans cet engrenage d’une guerre sans fin? L’expérience récente avait laissé supposer que ce ne serait pas le cas. D’abord, parce que dès son accession au pouvoir, il s’était engagé dans une guerre dévastatrice au Yémen, sans obtenir de résultats probants. Il s’en était progressivement éloigné, jusqu’à entrer en conflit ouvert avec MBZ, le président des Émirats, qui était engagé dans une autre logique conflictuelle.

Ensuite, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé leur guerre contre l’Iran, MBS a non seulement refusé d’y participer, mais il a affirmé son hostilité à la décision américaine. Informé par les dirigeants iraniens que Téhéran allait tirer des missiles sur toutes les bases américaines dans la région, y compris en Arabie Saoudite, il a accusé le coup pour se contenter de simples protestations formelles.

Entre-temps, MBS semblait engager son pays sur une autre trajectoire. Sans entrer en conflit avec les États-Unis, il voulait s’éloigner un peu de la tutelle américaine pour exister en tant que puissance régionale. En signant un accord de défense avec le Pakistan et la Turquie, il envoyait un signal fort: non seulement il n’était pas question pour lui de se joindre aux accords d’Abraham, mais il se plaçait clairement dans une autre vision du rapport de forces dans la région. Les alliances, il allait les chercher ailleurs que dans le projet de normalisation avec Israël.

 

L’erreur des Houthis

Les attaques yéménites contre l’Arabie Saoudite apparaissent, de ce point de vue, comme un point de bascule qui pourrait non seulement ramener l’Arabie Saoudite dans un giron américain intégral, mais la replacer dans une attitude d’hostilité totale avec le tandem Iran-Yémen. Ce serait là le résultat d’une erreur manifeste des Houthis, dont la surenchère deviendrait ainsi totalement contre-productive.

Reste ce que MBS va en tirer comme conclusions. Jusque-là, il est devenu évident que les bases américaines, supposées protéger les pays du Golfe, non seulement n’assurent pas cette protection, mais elles sont devenues une source d’instabilité. Les Américains sont incapables de protéger leurs alliés.

Et puis, les protéger contre qui? Jusqu’à une période récente, la communication occidentale a réussi à présenter l’Iran comme la grande menace régionale. Mais le temps a fait son œuvre: l’Iran n’a attaqué aucun pays depuis un demi-siècle, il a subi trois agressions, alors qu’Israël a lancé une vingtaine de guerres d’agression.

Cela va forcément inciter tous les pays du Golfe à se poser des questions. Et pousser MBS à se demander pourquoi il a été entraîné dans cette nouvelle guerre contre le Yémen, dans quel but, et qui en sera le véritable bénéficiaire.

 

La guerre n’est pas bonne pour les affaires

A cela, il faudrait ajouter que MBS a engagé son pays dans une logique totalement différente. Il a lancé des projets pharaoniques pour moderniser son pays, il veut miser sur une ouverture tous azimuts pour consolider l’abandon du wahabisme pur et dur, il veut faire de l’Arabie Saoudite une attraction et une destination touristique ouverte à tous, pas seulement à destination des lieu saints.

Cette mutation à marche forcée passera par l’organisation des jeux asiatiques d’hiver avant l’apothéose que devrait constituer la coupe du monde 2034. C’est là un projet, une ambition qui ne peuvent souffrir la persistance d’une guerre qu’aucune partie ne peut gagner.

D’où, pour MBS, une équation très complexe: comment sortir de cette guerre sans perdre la face? Difficile, car il est impossible de ne pas riposter quand les installations pétrolières sont attaquées, et l’aéroport de la capitale aussi gravement touché. De tels affronts lui imposent de rétablir la crédibilité de son pays, comme fournisseur sûr de pétrole, et comme un partenaire capable de se défendre et de punir les agresseurs.

C’est d’autant plus important pour lui que le pire dans une guerre, c’est de ne pas en maîtriser le tempo. Et dans cet affrontement avec les Houthis, il est évident que le choix de la guerre n’est pas celui de MBS.

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