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En football et dans la vie, il faut choisir sa défaite

En football et dans la vie, il faut choisir sa défaite

 

Abed Charef

 

Odieux. Honteux.

Le comportement d’une partie du public envers le staff et les joueurs de l’équipe nationale de football après la défaite contre la Suisse, lors du premier match à élimination directe de la coupe du monde 2026, a été indigne. L’événement a donné lieu à un déferlement de haine et de vulgarité sans précédent, probablement parce que largement relayé sur les réseaux sociaux.

Il ne s’agit pas de défendre les joueurs et l’entraîneur de l’équipe nationale, ni de les accabler. Ni de défendre le bilan d’une équipe, ni de le critiquer.

Il s’agit juste de rappeler quelques évidences sur le football et le sport de manière générale, des évidences que la frustration de la défaite et l’émotion de la victoire occultent souvent.

 

La responsabilité de chaque acteur 

En football, comme dans tous les sports, l'entraîneur fait des choix. Ce faisant, il prend des risques. Ça peut marcher. Ou non. On le recrute, et on le paie, pour qu’il assume cette responsabilité. On le porte aux nues quand il gagne, on le vire quand il perd. C’est le jeu.

Petrovic ne fait pas partie du gotha des entraîneurs mondiaux. C’est plutôt un homme de labeur, qui a tout de même dirigé l’équipe nationale de son pays, la Suisse, durant sept ans. Il a, dans son parcours, réussi un exploit unique, battre la France lors de l’Euro 2020, un résultat qui ressemble un peu à ce que représente pour nous le match Algérie-Allemagne de 1982.

L’accabler aujourd’hui ne rime à rien. Il avait un contrat. L’a-t-il rempli ou pas? C’est à la FAF, son employeur, de le dire. Même si elle doit tenir compte de l’état de l’opinion. Ce n’est pas à un public hystérique ni à des clowns de plateau télé de le décider.

 

Le poids des plateaux télé 

Ces animateurs de plateau télé, précisément, semblent avoir pris un rôle démesuré. Que les chaînes de télé les utilisent pour faire de l’audience, cela se comprend. Mais que leurs commentaires et analyses servent de fond et de justification à l’hystérie qui s’installe, cela pose problème. Un peu comme les chaînes d’info occidentales servent de terreau aux opinions racistes.

Entendre ces commentateurs dire qu'il faut faire titulariser tel joueur ou éliminer tel autre, ça fait aussi partie du jeu. Mais c’est ridicule. Seul le staff, en fonction de sa stratégie, des informations dont il dispose et des possibilités de chaque joueur, assume cette responsabilité de choisir.

Avoir été un joueur de haut niveau donne une légitimité pour donner son point de vue sur une équipe, sur son jeu, sur son entraîneur. Mais cela ne dispense pas de responsabilité, ni de modestie, des qualités qui semblent avoir déserté les plateaux télé.

 

Idées reçues sur le public 

Ce vent de populisme a donné naissance à une idée très répandue, selon laquelle le public algérien est connaisseur en matière de football. Une idée largement admise, et pourtant erronée. Et qui fausse le jeu, aussi.

Elle est erronée parce le grand public a des idées superficielles sur le football, et juge en fonction de sa passion, pas en fonction de données vérifiables. Ce qui pousse un petit commerçant et un retraité, croisés cette semaine, à dire que Pepe Gardiola est nul pour le premier, alors que le second m’a affirmé, plein de certitudes, que Didier Deschamps n’a aucun talent pour être entraîneur.

L’idée que le public est connaisseur fausse le jeu parce qu’elle inverse les rôles. Elle fait du supporter une sorte de propriétaire de l’équipe, un groupe totalement hétérogène mais s’arroge un absurde droit de regard et de décision sur la gestion de l’équipe, alors que son rôle est autre.

Le rôle du supporter, c’est de supporter l'équipe. Une lapalissade que le public semble avoir oublié. Est-il nécessaire de rappeler que le rôle du supporter n’est pas de désigner les titulaires, ni de définir la tactique de jeu?

Son rôle, c’est de soutenir son équipe. Surtout quand elle est dans la douleur, comme après une défaite ou une élimination.

En tout état de cause, cette élimination contre la Suisse reste une défaite dans une compétition sportive. Malgré la déception, elle ne doit pas mener à perdre le sens des réalités. Car après tout, quelle est la défaite qui est le plus difficile à admettre en cette veille de 5 juillet, une défaite dans un match de foot ou celle qui voit le taux de participation aux législatives se limiter à vingt pour cent?

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