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الخميس، 27 أوت 2026

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Bus et poids lourds : l'Algérie face à l'urgence d'une sécurité routière

Bus et poids lourds : l'Algérie face à l'urgence d'une sécurité routière


Par Dr Rachid TRIDI 


Le 31 juillet 2026, un autocar assurant la liaison Sétif-Alger quitte la route et chute dans un ravin au lieu-dit El Kerma, dans la wilaya de Boumerdès. Le bilan, arrêté à 28 morts et 36 blessés par le parquet général de Boumerdès, sera revu à la hausse dans les jours suivants. L'enquête établira que le véhicule transportait 64 personnes pour une capacité réglementaire de 51 places, roulant à plus de 121 km/h dans une zone limitée à 60 km/h. Le président de la République décrète un deuil national de trois jours.

Dès le lendemain, un autre accident de bus à Timimoun fait quatre morts et 43 blessés. En l'espace d'une semaine, du 31 juillet au 6 août, les accidents de bus feront au total 38 morts et plus de 100 blessés en Algérie. Début août, un nouveau renversement à Naâma cause 6 morts et 48 blessés dans deux accidents distincts en une seule journée. 

Ces drames à répétition s'inscrivent dans une tendance de fond. Selon la Délégation Nationale à la Sécurité Routière (DNSR), l'Algérie a enregistré 3 838 morts et plus de 37 000 blessés en 2025, dans près de 27 000 accidents corporels soit une hausse de 2,68 % du nombre d'accidents et de 2,62 % du nombre de décès par rapport à 2024. Sur les cinq premiers mois de 2026, la Gendarmerie nationale a recensé 5 537 accidents ayant causé 1 256 morts et 5 731 blessés, soit une moyenne de plus de huit décès par jour et une hausse par rapport à la même période de l'année précédente. Dans la quasi-totalité des cas (plus de 96 % selon la DNSR) le facteur humain est en cause : excès de vitesse, dépassements dangereux, inattention, conduite sous l'emprise de psychotropes ou d'alcool.

Face à cette « spirale meurtrière », pour reprendre l'expression d'El Watan, le gouvernement a accéléré une série de mesures concrètes. Le 19 août 2026, le ministre de l'Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, monsieur Saïd Sayoud, a présidé une réunion de coordination consacrée à l'activation et à l'exploitation du chronotachygraphe (appareil de mesure de la vitesse et du temps de conduite) à bord des poids lourds et des véhicules de transport de voyageurs. Il a donné instruction d'accélérer les préparatifs techniques et organisationnels, en référence à l'article 85 de la loi 26-09 du 12 mai 2026 relative à la sécurité routière. Neuf mois plus tôt, une instruction présidentielle avait déjà imposé des dépistages inopinés de stupéfiants aux conducteurs professionnels de cars, taxis collectifs et poids lourds — un dispositif qui, de l'aveu même des autorités, n'a pas suffi à empêcher le drame de Boumerdès.

Parallèlement, le ministère de l'Intérieur a lancé un vaste programme de renouvellement du parc : l'acquisition de 10 000 autobus est annoncée, avec une première phase visant le retrait de 5 400 bus de plus de 30 ans à l'échelle nationale — 4 680 d'entre eux devant être remplacés purement et simplement, et 5 320 autres, âgés de 20 à 30 ans, partiellement renouvelés. A Alger, 42 transporteurs étaient concernés par la date limite du 21 août pour le dépôt des dossiers. L'opération est entrée dans sa phase concrète début 2026, avec la réception des premières cargaisons en provenance de partenaires chinois et allemands.

C'est dans ce contexte que prend tout son sens une étude récente destinée aux décideurs publics et aux autorités organisatrices de transport, qui propose une stratégie intégrée articulée autour de trois piliers : la généralisation de tachymètres et tachygraphes de nouvelle génération, la structuration progressive d'une filière locale de fabrication de ces équipements, et l'installation de caméras embarquées orientées vers le conducteur.

Le premier pilier repose sur le déploiement de tachygraphes dits « intelligents », équipés d'une géolocalisation satellite, d'une transmission télématique des données aux autorités de contrôle et d'une détection des tentatives de manipulation. Dans l'Union européenne, cette génération d'appareils est obligatoire sur les nouveaux véhicules depuis le 15 juin 2019, et leur installation comme leur réparation sont réservées à des centres agréés. 

L'étude recommande notamment des limiteurs de vitesse programmables - pour adapter le plafond de vitesse au contexte (centre-ville, périurbain, voie rapide) plutôt qu'à une valeur unique - ainsi qu'une carte conducteur dématérialisée limitant les risques de fraude.

L'enjeu n'est pas seulement technique : selon une synthèse internationale de l'OCDE et de l'ITF, des abaissements ciblés de vitesse limite ont été associés, dans plusieurs pays européens, à des baisses du nombre d'accidents corporels pouvant atteindre 10 à 11 % sur route et autoroute, avec des effets plus marqués encore en agglomération. Un tel levier prend un relief particulier en Algérie au vu du cas de Boumerdès, où la vitesse excessive et la surcharge du véhicule ont été identifiées comme des facteurs déterminants. 

Au-delà de l'achat d'équipements importés, l'étude plaide pour la structuration, sur un horizon de 12 à 36 mois, d'une capacité nationale ou régionale de fabrication et de montage de ces appareils. 

L'objectif est triple : réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers et les délais d'approvisionnement, créer des emplois qualifiés locaux, et garantir une maintenance de proximité pérenne - un enjeu que le renouvellement massif du parc de bus rend d'autant plus concret.

Le document propose une montée en puissance progressive : 

• Un premier palier de montage sous licence avec un fabricant homologué, formation des techniciens et création d'un centre d'homologation national piloté par le ministère de l'Industrie ; 

• Un deuxième palier d'intégration croissante de composants fabriqués localement, tout en conservant les capteurs critiques certifiés à l'international ;

• Un troisième palier de filière pleinement intégrée, avec chaîne de contrôle qualité et capacités de maintenance décentralisées dans les principales villes desservies par le réseau de transport public. 

A chaque étape, l'étude insiste sur un principe non négociable : ne jamais commercialiser d'équipement non certifié, la fiabilité métrologique conditionnant directement la valeur probante des données produites.

Le troisième pilier - l'installation de caméras IP orientées vers le conducteur - vise précisément ce que le tachygraphe ne peut pas détecter : l'état réel du conducteur au moment de conduire. Ces systèmes de surveillance du conducteur (Driver Monitoring Systems) analysent en continu des indicateurs comme la fréquence de clignement des paupières, l'orientation du regard, les bâillements répétés, l'usage du téléphone ou le port de la ceinture. Une revue systématique de 2025 sur ces technologies souligne leur efficacité particulière pour capter les variables physiologiques associées à la fatigue et à la distraction, tandis qu'une étude menée sur une flotte de poids lourds en Australie a confirmé que ces dispositifs, correctement exploités, contribuent à une diminution mesurable des comportements à risque.

L'enjeu de la fatigue n'a rien d'anecdotique dans le contexte algérien : la Gendarmerie nationale pointe régulièrement l'excès de vitesse, l'inattention et le non-respect des distances de sécurité parmi les premières causes d'accidents impliquant les conducteurs de transport de voyageurs et de poids lourds. L'étude recommande une détection en temps réel de la somnolence avec alerte immédiate dans l'habitacle, un enregistrement en boucle avec conservation renforcée des séquences entourant un freinage d'urgence ou un choc, ainsi qu'un tableau de bord d'exploitation agrégeant les alertes par conducteur, par ligne et par créneau horaire - de quoi orienter les actions de formation et l'organisation des roulements plutôt que la seule sanction a posteriori.

L'introduction de la vidéosurveillance embarquée soulève inévitablement des questions de protection des données et de droit du travail. L'étude s'appuie sur un précédent réglementaire d’un pays européen : un dispositif expérimental autorisant en 2026 les conducteurs de transport public par autobus à procéder à un enregistrement audiovisuel individuel a été examiné par l'autorité de protection des données de ce pays, qui a confirmé sa compatibilité avec la règlementation de protection des données personnelles tout en assortissant son avis de réserves substantielles sur la proportionnalité, l'information des personnes filmées et la durée de conservation.

Pour l'Algérie, la leçon est claire : l'acceptabilité sociale du dispositif dépendra de sa perception. Une surveillance jugée disproportionnée ou insuffisamment expliquée aux conducteurs risquerait de nourrir des tensions et, paradoxalement, de dégrader la vigilance plutôt que de l'améliorer. 

L'étude recommande en conséquence un comité de pilotage associant l'autorité organisatrice de transport, les exploitants, les représentants des conducteurs, l'autorité de protection des données et, le cas échéant, les assureurs, ainsi qu'un référent protection des données impliqué dès la conception du dispositif.

Le document propose un déploiement calibré sur 12 à 36 mois. 

- Une première phase de six mois serait consacrée au diagnostic complet du parc, à la concertation sociale et à un pilote sur deux à trois lignes représentatives. 

- Une deuxième phase, de sept à vingt mois, généraliserait l'équipement par lots, en priorisant les lignes à fort trafic et les véhicules les plus anciens — une logique qui rejoint celle déjà retenue par les autorités algériennes pour le retrait des bus de plus de 30 ans. 

- Une troisième phase, jusqu'au trente-sixième mois, viserait la couverture totale du parc et un audit indépendant portant sur l'impact accidentologique, la conformité en matière de protection des données et la performance de la filière locale naissante.

Sur le plan financier, l'étude anticipe des bénéfices tangibles : réduction du nombre et de la gravi

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